Citations

la bataille hadopi

Relativisme (or not)

Le 02 janvier 2012 par "Diderot en verres miroirs"

 » C

ar, à force de croire que les connaissances objectives sont l’expression de la réalité même, les scientifiques oublient parfois que ce sont toujours EUX qui parlent, et jamais cette réalité. L’ancrage de leurs discours ne se situe pas dans le réel, mais bien dans les questions auxquelles ces discours essayent de répondre, avec ou sans l’aide du réel. » Baudouin Jurdant.

Cette position relativiste que je défends fermement, pour avoir vécu peu de temps en tant que chercheur en biologie et d’avoir eu en quelque sorte une introspection sur mon propre traval et mon entourage, et pour avoir suivi par la suite des études en sciences humaines, m’amène constamment, devant de jeunes chercheurs, ou de moins jeunes, à entendre cette réponse lapidaire : « il faudrait en finir avec ce relativisme qui tend à dire que la science n’est qu’un système de croyance » et plus avant : « La science n’est pas un corpus de fait. C’est un formalisme de pensée qui conduit à se poser les questions.La science est une méthode rationnelle d’élaboration des connaissances, pas les connaissances elles-même. » Alors, pourquoi ne vulgarise t’on QUE le corpus de fait ? Pourquoi, lorsqu’on s’intéresse à une autre discipline scientifique que la sienne, ne s’intéresse t’on QUE aux faits qu’elle génère ? Je suis d’accord sur le propos, mais il semble que, pour beaucoup de scientifiques, ce ne soit que bullshit.

Je ne comprends toujours pas pourquoi ce relativisme est aussi dangereux. Est-ce parce que je suis athée ? Je n’aurais alors rien à croire, rien à apprendre, puisque toute construction de connaissance est vaine.

Le relativisme est une position qui me semble correcte face aux scientifiques. On peut, avec les scientifiques, croire à l’évolution, et nous avons de bonnes raisons d’y croire. D’autres croient au créationnisme, et je ne suis pas d’accord avec leur croyance, parce que je ne vois pas le monde au travers de cette pensée initiale. Je crois un peu moins aux plasmas de quarks et de gluons, mais après tout, pourquoi pas, puisque certains ont d’aussi beaux noms (strange, charm, beauty).

Je crois également à l’effet de la durée du jour et de la nuit, et de leur variations sur la psyché humaine et la libération de neurotransmetteurs et la concentration plasmatique d’hormones pour expliquer certaines maladies bipolaires. Là, je suis un des rares à y croire, mais j’ai travaillé sur ce sujet, vous pardonnerez cette infime faute …

Par contre, je garde une réserve relativiste quant aux méthodes utilisées, aux raisons pour lesquelles ces résultats ont été produits, quant aux raisons même qui me font y croire. Parce que la réalité, ce sont les questions :

  • D’où venons nous ? Avons nous été créés ? Sommes nous le résultat d’une évolution ?
  • Qu’est ce que la matière ? Pourquoi est elle dure, ou molle ?
  • Pourquoi je me sens pas bien des fois ?

Parce que ces questions par contre présentent une réalité propre : difficile de passer à coté.

Oui oui, on peut croire ET ne pas croire : tout dépend du temps, du vent, du printemps … Veuille que cette année 2012 soit suffisamment relativiste pour que les vents des la connaissance réveillent les esprits embrumés de croyances non-distanciées (encore un voeu pieux !).

Vulgarisation technique et politique énergétique : quel(s) lien(s) ?

Le 09 août 2010 par "Diderot en verres miroirs"

D

ans le journal Le Monde daté du 30 juillet 2010 (page 12), on peut lire un article très intéressant sur l’avenir des gaz de schistes (« Les gaz de schistes seront-ils la grande énergie du futur ? »). Comme d’hab, je ne vais pas vous faire un résumé lénifiant de l’article. Tout au plus vous encouragerai-je à consulter quelques liens : http://www.lemonde.fr/cgi-bin/ACHATS/acheter.cgi?offre=ARCHIVES&type_item=ART_ARCH_30J&objet_id=1131246, http://fr.wikipedia.org/wiki/Gaz_naturel et http://www.neb.gc.ca/clf-nsi/rnrgynfmtn/nrgyrprt/ntrlgs/prmrndrstndngshlgs2009/prmrndrstndngshlgs2009nrgbrf-fra.html.

Il apparaît clairement que la stratégie énergétique d’un pays ou d’un ensemble de pays tel l’Europe par exemple définit les choix technologiques, mais également de consommation énergétique. À leur tour, les choix technologiques ne peuvent être induits que par un équilibre coût – réalisabilité – popularité (dont, aujourd’hui, le risque environnemental fait partie). Si c’est réalisable, mais trop cher et salissant, ça ne va pas. Si c’est très propre, mais cher et pas réalisable (ou trop difficilement) non plus. En fait, il y a un couple facilité de mise en œuvre / coût : plus la technologie est « facile », moins elle est chère. Mais la popularité d’un technologie aide à la baisse des coûts : plus on pourra mettre en œuvre de dispositifs techniques, moins le coût à l’unité est élevé, donc moins c’est cher globalement. Et c’est là que les bienfaits de la vulgarisation interviennent … (Lire la suite…)

OPEE : Un bulletin en ligne pour la vulgarisation de l’économie en europe

Le 03 août 2010 par "Diderot en verres miroirs"

Bulletin de l'observatoire des politiques économiques en europeL

a vulgarisation faite par des scientifiques est en général assez casse-gueule, on le sait bien. Casse-gueule d’un point de vue stylistique bien sur, dans un premier temps : même s’ils ont le sentiment d’avoir une écriture plus simple que lorsqu’ils rédigent pour des revues scientifiques spécialisées, ils n’arrivent pas ou avec difficulté à décrire simplement leur savoir. Ils ne possèdent pas le matériel stylistique qui leur permettrait de mieux faire comprendre les connaissances qu’ils sont en train de construire. Si on ajoute à cela une mauvaise évaluation des publics auxquels les scientifiques s’adressent, et un graphisme peu attirant, on arrive à un avis négatif : les chercheurs devraient chercher, et les vulgarisateurs vulgariser !!

Pourtant, les chercheurs n’arrivent pas à se défaire d’un sentiment d’impuissance : les vulgarisateurs ne comprennent rien à rien au champ scientifique qui est le leur. En simplifiant, les non-spécialistes dénaturent. En manquant de connaissances spécifiques, ils produisent du non-sens. Une jolie coquille, qui se fait passer pour de la science, mais vide, qui ne reflète en rien le savoir construit. Face à cette situation, et pour que l’état des découvertes soit transmis effectivement, les scientifiques prennent leurs plumes et leurs MacIntosh, et tentent de réussir – sans succès – ce que les vulgarisateurs ne font pas mieux. (Lire la suite…)

Les Ernest

Le 20 février 2010 par "Diderot en verres miroirs"

À

Paris, c’est toujours mieux qu’ailleurs. Alors qu’en province, les universités filment des conférences longues de plusieurs heures, questions comprises, à Paris, on filme sur un format court (16 minutes) des conférenciers sur pied. En gros, il s’agit de reprendre une conférence déjà bien rodée par ailleurs, et éventuellement de lui ajouter un vernis vulgarisateur. La modification de la phosphorylation des Huntingtines pour améliorer le transport vésiculaire en 15 minutes, moi je comprends, pour avoir fait des études à peu près ce que ça veut dire, mais ce putain de grand public dont personne ne sait exactement à quoi il ressemble, qu’y comprend il ?
Les Ernest de la rue d’Ulm nous présentent leur dispositif et leur site comme  » Des conférences transdisciplinaires, Des intervenants pétillants, Un nouveau type de médiation de la connaissance ». Publicité mensongère !!!

  • « Des conférences transdisciplinaires » : elles le sont rarement justement, faisant appel à plusieurs disciplines scientifiques une fois sur douze. Ce n’est pas en mélangeant plusieurs conférences dans le même lieu en un même temps que ça deviendrait transdisciplinaire par enchantement !!
  • « Des intervenants pétillants » : pas plus que dans n’importe quelle autre conférence, la seule différence réside dans la rapidité à laquelle les conférenciers s’acquittent de leur tâche.
  • « Un nouveau type de médiation de la connaissance » : ravi de l’apprendre !! Depuis quand la conférence est-elle un nouveau type de médiation de la connaissance ? Tout au plus pourrait-on dire que le fait de le filmer, avec plus ou moins de rythme et de connaissance de la réalisation plateau, ajoute au dispositif.

A la vue de ces conférences « innovantes », deux petites pensées me viennent à la tête :

  • La vulgarisation scientifique, dans son passif et son passé, et surtout dans le cadre strict des canaux d’expression qu’elle a toujours eu (conférences, mise en scène d’experts, etc.) supporte encore moins que tout autre la culture zap. Ce n’est pas le zapping qu’il faut conspuer, c’est l’histoire de notre vulgarisation qu’il faut revoir de fond en comble et réfléchir plus sur l’accord fond/forme, dispositif/présentation que sur l’emballage seul.
  • Les chercheurs sont dans ce cadre désolants, voire clownesque. Inintéressants. Quelques-uns dont le sujet est abordable et le charisme évident, font passer agréablement le quart d’heure, mais pour tous les autres ? Donnez moi un seul exemple de quelqu’un dans ces films qui ait un discours sur un sujet complexe, et intéressant. Il faut former les chercheurs aux métiers de la médiation. Si leurs collègues, aussi nuls qu’eux, sont compatissants, et rigolent sous cape, vannent gentiment à la fin de la présentation, le public « extérieur », lui, est affolé, et n’arrive pas à faire la différence entre Patrick Pla et Alexandre Astier (et sa fameuse conférence). Donc, les chercheurs, à l’école … de la communication.

Et qu’on ne vienne pas me dire que les têtes d’affiche sont meilleures que les autres (c’est vrai bien sûr) !! Hervé This est certes une bête de scène – mais il s’est beaucoup entraîné : le scientifique ne peux être que d’accord avec lui : « Alors à quoi ça sert ? Je ne veux pas le savoir ! La science n’est pas faite pour servir à autre chose qu’à produire de la connaissance. » et je suis d’accord, c’est bien lui le meilleur, mais il faudrait faire une analyse pour lui tout seul. Dominique Lestel est certes intéressant, même si ses citations sont distordues et méritent d’être corrigées ( »A quoi rêvent les moutons électriques de Philip K. Dick » !!! Il s’agit en fait de « Les androïdes rêvent-ils de moutons électriques ? » et le titre lui même laisse à penser que son interprétation du livre n’est pas exactement celle qu’a voulu engager K. Dick, encore un effet 2001 l’Odyssée de l’espace, on cite à tout va, on relie spécieusement à la culture vernaculaire les pensées scientifiques, sans aucun respect pour cette dite culture), the show must go on, on se croirait à la foire. Et quel beau chapeau pour faire celui qui !

Franchement, ils s’entendent parler, ils obéissent aux règles qu’on leur a montré dans leur jeunesse, ils n’imaginent pas produire quelque chose de nouveau, de porno, de sensuel ou de romancé. Il ne peuvent sortir de la pauvre forme que leurs maîtres leur ont légués en partant.

Étrangeté et métaphore

Le 30 septembre 2009 par "Diderot en verres miroirs"

couverture Philosophie Magazine Sept 2009

É

trange femme : elle n’est ni noire, ni blanche, à la fois très ancienne et très moderne, tribale, urbaine, … on pourrait en ajouter des tonnes. Aucune illustration ne pourrait mieux refléter l’article en page 20 de Philosophie Magazine de ce mois (Raphaël Enthoven, n°32) : la métaphore, en s’éloignant de la réalité, permet de surprendre, d’illustrer l’étrange d’une pensée, d’un concept. Et cette étrange vision, par son étrangeté même, de nous surprendre.

Cette étrangeté, l’auteur la définit comme se trouvant « dans l’oeil de celui qui découvre ce qu’il regarde, c’est à dire, le déshabille« . C’est dire si cet article m’interpelle : l’étrangeté est à l’origine de la recherche scientifique. C’est elle qui permet les questions : Pourquoi est-ce ainsi ? Comment est-ce ainsi ? Combien est-ce ainsi ? À tel point que Richard Feynman nomma en son temps un quark « strange » : il était étrange parce que par sa singularité, il était. C’est alors que le chercheur déshabille cette singularité : l’étrange cesse de l’être.

Vient alors une science confortable (Lire la suite…)

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