Citations

la bataille hadopi

L’honnêteté académique

Le 11 novembre 2012 par "Diderot en verres miroirs"

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n se dit qu’en religion plus qu’ailleurs, l’honnêteté devrait primer sur tout le reste. Ok, mais qu’en est-il de la théologie, science qui étudie les religions, sans pour autant en épouser une thèse au dépens d’une autre, dont l’objet est de construire un corpus de savoir comme toute autre pratique scientifique ?

On imagine bien que comme dans toute autre discipline, crapotages diverses, directions mal assumées, promotions dites « par le haut » (c’est-à-dire se débarasser d’une personne incompétente en lui proposant une promotion qu’il ne saurait refuser), soumission à des choix politiques douteux, j’en passe et des meilleures font partie du dur chemin que chaque enseignant-chercheur subit durant sa carrière. Et aussi de chaque structure universitaire ou institution de recherche sur cette terre. Mais l’omerta est ici toujours amusante à constater, personne ne voudrait parler de cela, et je vous rappelle que si j’agis à couvert, c’est parce que je suis jeune, en bonne santé, et que je veux continuer parler dans une relative liberté, mais la plus importante possible.

Et bien, en théologie comme ailleurs, les pratiques les plus douteuses existent comme partout ailleurs ! Qui s’en étonnerait ? Il y a dans la structuration même de l’Université et dans son historique et conservatrice culture tous les éléments qui permettent à ces pratiques de perdurer. Mais, ô surprise, (Lire la suite…)

Venus noire homme blanc

Le 07 février 2012 par "Diderot en verres miroirs"

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V

oici un film dont j’aimerais sans aucun doute qu’il soit diffusé dans les festivals « Science et Cinéma ». Un truc incroyable, qui vous laisse pantelant émotionnellement parlant, plein de questions après le film, un film coup de poing de Abdellatif Kechiche dont je peux ici vanter l’intelligence, la sensibilité : un grand réalisateur !

Le propos de Monsieur Kechiche (Avec Que Des majuscules, j’y tiens) se situe au delà d’une vision moralisatrice de l’histoire. On pourrait pourtant, en racontant l’histoire de Saartjee Baartman, femme callipyge dotée  en sus de petites lèvres génitaux inhabituellement développés, que Cuvier appelle « Tablier Hottentot », se complaire dans l’autoflagellation culturelle et dire, contre Guéant, qu’on a pas à être fier de notre civilisation : ce serait vrai, mais très insuffisant. On pourrait faire pleurer dans les chaumières sur la honte d’appartenir à la même espèce que des hommes frustres et violents qui conduisirent, voici deux siècles, une femme qu’ils prenaient pour une presqu’animale, à la déchéance et la mort. On pourrait se flageller encore un peu plus en montrant comment la science peut être aveugle et mauvaise quand elle n’a point de confiance, et patati et patata …

Seulement voilà : ce film ne se complait pas là dedans. Il décrit plutôt les rouages de la pensée collective, de la façon dont une société construit, chez les savants et chez les ignorants, chez les riches et chez les pauvres, une image collective de la négritude. Car Saartjie Baartman (ou Sawtche) est un symbole et déclaré tel : auscultée, puis découpée après sa mort, conservée dans des bocaux, moulée, et reproduit aussi fidèlement qu’on en était capable, elle représentait la négritude du début du XIXème siècle jusqu’au milieu du XXème. Et il aura fallu attendre la fin de l’Apartheid pour que le gouvernement sud-africain réclame à la France sa dépouille, puis dix ans encore pour que cette dernière accède à cette demande. Comme s’il était si difficile de se débarrasser de ces fantômes colonisateurs et culturels. L’image de Sawtche, si elle représente la négritude vue du coté occidental, définit aussi notre culture coloniale. (Lire la suite…)

Nouvelle moutûre de l’OPEE

Le 09 janvier 2012 par "Diderot en verres miroirs"

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n temps de crise, les experts s’en donnent à cœur joie pour indiquer leur point de vue, forcément vrai (puisqu’ils sont experts) dans les médias. Ces propos, rabâchés à l’extrême, anxiogènes au possible, nous amènent à des ne plus trop savoir qu’en penser, et je dirais nous amènent à un renforcement( négatif cher aux comportementalistes (et aux scientologues éventuellement). L’Euro a t’il été une ânerie (Oui/Non), allons-nous vers la catastrophe (Oui/Non/Ça dépend), faut-il revenir au franc (Oui/Non/Ouhlà), autant de questions rabâchées, sans réelle réponse, car la crise de l’expertise est passée par là, et l’expert n’a qu’un seul objectif médiatique : il remplit le temps de parole, et sert son propre ego. Mais rien de plus.

Par contre, les questions demeurent, et il serait bon que, de temps en temps, on ait un peu autre chose à se mettre sous la dent : du savoir, de la connaissance, devant laquelle on peut garder une position relativiste, mais néanmoins qui accepte le dialogue et permet la réflexion, plutôt que d’induire la crispation,e le mécontentement, et une augmentation de la connerie en général. Merci donc à Michel Dévoluy et Gilbert Koenig, malgré marées et vents contraires, de continuer à écrire et diffuser le Bulletin de l’Observatoire des Politiques Économiques en Europe. de tout petits moyens, un haut parleur médiatique inexistant, une volonté vulgarisatrice souvent là (même si la technique de médiation fait souvent défaut), et des pistes de réflexion pour un avenir, sinon radieux, du moins meilleur.

Et si le progrès passait par là ?

À noter (sansblagues râle) : le site est disponiible à l’adresse http://opee.unistra.fr ! Et sans www.

À noter également : c’est une émanation de professionnels issus du Master de Communication de Strasbourg, Alsace Media Science, une entreprise dédiée à la médiation des sciences. elle fait partie du réseau Media Science, avec à l’gheure actuelle deux pôles une à l’ouest et l’autre à l’est. sans jeu de mots, non mais !

La même chanson

Le 03 mars 2010 par "Diderot en verres miroirs"

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h oui, depuis que je m’intéresse à cette notion qu’est la vulgarisation, j’entends toujours et encore la même chose. Laquelle ? Une version barbante et conservatrice nous en est proposée par Dominique Wolton dans le numéro n°1 du journal « Le prisme à idées ». Quelques fausses idées s’agglutinent autour d’une pensée jamais renouvelée de ce qu’est la place des scientifiques dans la société. Parmi lesquelles, on peut citer :

  • Les journalistes scientifiques sont insuffisamment là : 1/100 journalistes. On oublie trop souvent que de nombreux sujets de science sont traités par des journalistes généralistes (et parfois plutôt bien), et que les journalistes spécialisés sont la plupart du temps (et c’est particulièrement vrai pour les journalistes scientifiques) employés dans une presse spécialisée. Donc, les journalistes parlent plus de science qu’on voudrait croire, mais pas comme on aimerait. Plus loin, la description de cette médiation indique très clairement que, pour être journaliste scientifique, il faut impérativement être scientifique ou amateur de sciences. Je préférerais que la personne sache écrire sache défendre un angle : la culture scientifique est un plus.
  •  » Le mythe du scientifque isolé dans sa tour d’ivoire, et se refusant à voir les enjeux économiques et politiques de son activité est aujourd’hui inadmissible et tout simplement devenu impossible. » A t’il seulement existé ? Les scientifiques ont aujourd’hui une position ambivalente vis à vis de la vulgarisation scientifique et des médias. Ca a toujours été, et ce dès que la science populaire a existé. C’est cette pratique de la popularisation des sciences qui rend la chose ambivalente. Mais, comme le dit Wolton, le scientifique (tiens, il y aurait « un » scientifique comme il y aurait un « grand public ») a besoin de ses liens politiques et économiques. Il parait donc normal qu’il communique. Oui : ça fait même partie de son travail, figure toi !! Et je ne parle pas que de vulgarisation, mais aussi de travail vis à vis de ses collègues. La production du savoir, c’est cela aussi : construire un discours, qui peut aller du plus compliqué au plus simple, du plus spécifique au plus évident, éliminer les à coups. Voilà pourquoi la pratique de la vulgarisation est importante pour les scientifiques : ils le savent très bien. Cette pratique socialise le savoir et ramène des pépètes. Ce rapport vis à vis de la vulgarisation n’est donc pas qu’instrumental : il permet aussi au scientifique de travailler son discours, et donc de peaufiner le savoir qu’il produit : ça fait partie du métier de chercheur.
  • « Nous ne portons que très peu d’attention aux activités technologiques, alors que la France dispose  de très bons ingénieurs. C’est une erreur. » Encore un qui fait un mélange entre science et technologie, signe qu’il y connaît quelque chose !! D’autant plus que, quelques phrases plus tard, il annonce « Les élites françaises entretiennent une fascination pour les sciences dites pures, au détriment des sciences appliquées. ». Il n’y a donc pas de différence notable entre la pratique ingénieure et la pratique théorique ou expérimentale. On mélange tout. C’est d’autant plus dommageable qu’effectivement, il est plus facile de vulgariser des applications pratiques et leur réalisation que les résultats théoriques et expérimentaux dont ils découlent. J’aurais même tendance à dire que, puisqu’il est si différent de vulgariser une science appliquée et une science « dure », alors, les choses ne doivent pas être les mêmes. Mais probablement je confonds tout moi aussi.

Bon, je ne vais pas continuer comme ça, commenter ce ramassis de conneries m’est déjà assez pénible. On va oublier la description de ce qu’est un journaliste scientifique, les allers retours des scientifiques entre la sphère science et la sphère société, la place des scientifiques dans les médias, avec des lieux communs qui feraient rougir Jean-Pierre Pernod. Non, ce n’est pas bien d’instrumentaliser à l’excès les médias. Pas plus pour un scientifique que pour un autre. Dans son cas, sa position d’expert rend la matière médiatique certes plus « friable », mais c’est à la société et la démocratie de se positionner.

On ne questionne pas la difficulté du journaliste de trouver un angle pour l’appréciation de ce qui est dit par l’expert. D’autant plus quand il est généraliste. Ici, on aime le blog de Sylvestre Huet (et ses écrits dans Libé) parce qu’il sait ce qu’il fait. Et il le fait bien.Mais c’est difficile. Il faut apprendre à déboulonner l’expert, et ne plus prendre partie pour l’un ou pour l’autre. L’introduire dans notre dispositif démocratique, arriver à lui trouver une place. Ne pas le laisser à l’extérieur et lui demander son avis, lui mettre un coup de projecteur dessus si nécessaire, puis l’oublier. Ce ne sont pas les rapports des sciences avec les sociétés qu’il faudrait voir, mais plutôt l’inverse.

Et cette conclusion : « La communication est l’un des enjeux scientifiques du XXIème siècle. » Je suis soufflé.

Vous me direz : « Arrête de tirer sur les ambulances, ce n’est pas très malin, il est là, on y peut rien. » Vous avez raison bien sûr. Mais j’aimais bien sa notion de « culture moyenne » et me rendre compte aujourd’hui que ce n’est qu’un outil qui lui permet de différencier maladivement « eux » et « nous », les prolos et les aristos, le peuple et les élites, les uns et les autres … le savoir ne rend pas meilleur, la société des Lumières est une utopie inutile. Croyez moi !

Je mélange tout à nouveau …

Les doigts d’honneur des génies

Le 26 février 2010 par "Diderot en verres miroirs"

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n physique et en mathématiques, il existe une stratégie habituelle de production des héros scientifiques qui consiste à en faire d’affreux garnements punks absolument désobéissants, dont l’intelligence est si grande qu’ils ne vont pas s’abaisser à répondre simplement à des questions simples. Dans l’imaginaire collectif, c’est la marque de fabrique du génie. Quasiment tous les grands physiciens se voient coller sur le dos une aura de petit malin. A tel point que ceux qui n’arrivent pas à obéir à la règle sont relégués aux oubliettes de l’histoire !! De braves pères de famille popote voire tyranniques, genre rigueur allemande, ne peuvent être des génies. On en a un peu des comme ça chez nous (je vous écris d’Alsace …), lors de la période 1870-1918. Des prix Nobel. Aucun n’a sur le dos cette anecdote probablement fausse attribué à Niels Bohr qui s’est quand même bien planté avec son modèle « sphérique » et, justement, une approche un peu « short » de l’atome (bon, c’est un des pères de la physique quantique, ne nous moquons pas).

A la question « l’Enfer est-il exothermique ? », l’étudiant doué (et, dans cette histoire, l’enseignant lui donnera la note maximale, ce qui dénote l’ouverture d’esprit de l’enseignant physicien) a la question la plus alambiquée. Feynman était turbulent, cela va sans dire, et jouait du bongo (et pas des tablas). Les mythes fondateurs de la physique sont pavés de garnements sans foi ni loi, comme si de longues études en physique et l’intelligence qu’elles nécessitent permettaient des agissements inconsidérés (mais la morale ne doit cependant pas les réprouver !).

On peut le dire tout net : tout ça, c’est des histoires !! Étudiants, soyez obéissants, répondez aux questions comme on vous demande d’y répondre et pas autrement. Ne jouez pas aux génies, ça ne peut vous causer que des soucis. Si vous rêvez d’une carrière de chercheur, soyez bien sages, mettez un zeste de fantaisie dans votre sérieux, mais pas trop. Reproduisez-bien la classe sociale à laquelle les chercheurs sont sensés appartenir.

J’en sais quelque chose ! Je suis un génie, et j’ai été jeté.

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