Citations

la bataille hadopi

Mort annoncée

Le 11 avril 2010 par "Diderot en verres miroirs"

B

on, alors voilà, lors du précédent post sur savoir(s) (janvier 2010), j’avais annoncé la mort de l’esprit de ce magazine, en commentant l’édito de Philippe Breton. J’ai reçu la mouture d’avril 2010 cette semaine comme beaucoup de strasbourgeois, alors que j’étais parti « hors réseau », et l’ai lu dès mon retour (vous pensez bien). A pleurer, comme je l’avais prévu. Et ce ne sont pas les journalistes plus anciens (historiques dirais-je) qui sont à mettre en cause. Ni non plus les « nouveaux » qui devraient apporter un sang nouveau, mais qui, contraints par un cadre institutionnel trop serré, ne peuvent exprimer leur talent. D’ailleurs, Il ne faudra pas trop s’attendre de ma part que je sois trop sympa, ni pour les anciens, ni pour les nouveaux : après tout, pisser dans de la merde, ça ne fait rien d’autre qu’un cocktail malodorant, combien même on aurait une bonne opinion de son talent propre.

Non, j’annonce la mort d’un magazine au sens strict du terme, à cause des choix faits. Et encore une fois, c’est l’édito, par sa médiocre qualité, qui nous montre la croix, la stelle et la qualité du marbre. Il propose un mélange harmonieux et équilibré de savoir(s), mais aussi de nouvelles institutionnelles, sans aucune pensée de ce que peut représenter un tel mélange, mis à part qu’il existe. Il faudrait à la fois présenter les travaux engagés par l’Université de Strasbourg, suite à sa création, et commenter les problèmes rencontrés. Comme dans toute rhétorique de ce genre, on retrouve des termes comme « nous commençons à peine à mesurer l’ampleur des transformations » ou « il était indispensable que l’Université se dote des outils qui accompagnent ce changement majeur » : communicationnels donc.

Mais nous, on s’en fout de ça !! Si l’Université a besoin de se doter d’outils, qu’elle se les crée et qu’elle se les pense !!! Quelle n’utilise pas un organe de presse qui a mis si longtemps à créer son identité propre et unique, à réfléchir sur de nouveaux modes d’expression des sciences, à la fois critiques et distanciés, sortant des outils habituels de services de communication et de soupe. Désolé Breton, mais moi, ce genre de destruction en règle, ça me fait gerber. Piétiner le travail d’autres, pour une logique institutionnelle bétasse, qui consiste à se doter de moyens pourris, éculés, et surtout qui, encore une fois, séparent la communication du sens qu’elle est supposée porter, voici qui ne me met pas en colère : ça me dit de créer  un nouveau Savoir(s). Et vous ?

Je reviendrai dans d’autres posts à cette disruption entre sens et communication et sens dans Savoir(s). Dans un exemple à propos d’un des auteurs, non cité, et qui a été censuré par Philippe Breton. Dans un autre à propos de l’accolage malheureux d’un billet de Jean-Marc Levi-Leblond et d’un article sur l’innovation dans le même journal. Pauvre Jean-Marc …

Savoir(s) Janvier 2010

Le 04 janvier 2010 par "Diderot en verres miroirs"

J

‘en ai déjà parlé dans un précédent post : le magazine Savoir(s) est une chouette lecture. Dans la nouvelle mouture de janvier 2010, on trouve de nombreuses choses : par exemple, un très bon dossier « sport et compétition », le sport vu par des scientifiques. Un regard somme toute très critique sur les fameuses vertus du sport, compétition et santé en tête. En sciences sociales du sport, ça cogite sec ! Nous sentons tous que, face à ce spectacle permanent, ces valeurs véhiculées, se cache une autre réalité plus sombre.

Un article dédié sur les OGM détruits à Colmar en septembre dernier, sur les rebondissements politiques, mais aussi sur la possibilité d’un travail commun entre scientifiques et société civile nous permet de voir quelles orientations les laboratoires de recherche peuvent prendre pour être actifs dans la société. L’acte de recherche, au delà de son aspect purement scientifique, doit aussi passer par une acceptation sociale. De nouvelles stratégies voient le jour, et celle ci est à saluer parce qu’elle ne prend pas les gens pour des imbéciles.

Au rayon Science et Démocratie toujours, une analyse (très) critique sur les expériences genre démocratie participative dans le domaine des sciences. L’auteur, Frédéric Naudon (encore lui), rêve apparemment d’une démocratie moins tape à l’oeil et plus efficace. A recommander.

« Les fées de l’accueil » est un article bienvenu : en cette période troublée pour l’Université, voici des femmes qui doivent s’en prendre plein les mirettes, en première ligne de la désinformation et d’un bordel ambiant. Merci à Agnès Villanueva de nous rappeler constamment que l’université, ce sont aussi toutes ces petites mains qui font tourner la baraque, elle qui ne veut absolument pas tourner rond, précisément.

On avait pris l’habitude de cette forme éditoriale qui, l’air de rien, touchait à toutes les formes de ce que peut représenter la culture scientifique, loin de toute publicité facile des labos et des systèmes de valorisation. On peut parler de sciences de façon accessible autrement qu’en parlant à ses lecteurs comme à des demeurés, sans assommer de monceaux de détails techniques et/ou inutiles, sans avoir un point de vue forcément institutionnel, la voix de son maître, mais je crois en avoir déjà parlé). Savoir(s) représente cette liberté. Et l’Université peut s’enorgueillir d’avoir créé un tel média, finalement unique, cohérent, nécessaire.

Par exemple, le dossier concernant le sport va jusqu’à critiquer, en creux, la volonté de son président qui a institué une nouvelle mission « Sport à l’Université », dont les objets sont de « permettre aux étudiants de s’inscrire aux différentes compétitions nationales universitaires sous la bannière de l’Université de Strasbourg [et d']offrir aux personnels la possibilité de prendre part à différentes manifestations sportives aux couleurs de l’université, ainsi que de développer la pratique sportive et l’esprit compétitif en équipe en organisant différents événements marquants tout au long de l’année universitaire. » Une forme de sport universitaire à l’américaine, dont les valeurs de compétition, de santé, etc., défendues la plupart du temps quand on parle d’activité sportive, sont justement à remettre en question …

Est-ce que Savoir(s) va durer ? L’éditorial me fait douter. On y apprend que Eric Heilmann, ancien redac’chef, s’en va vers d’autres aventures, et qu’il est remplacé par Philippe Breton, qui change aussi de titre passant à directeur éditorial. Une petite recherche révèle que le second fut en son temps directeur de thèse du premier. Son sujet principal, les techniques et l’histoire de l’argumentation (notamment politique, qu’il me contredise si je me trompe), et sa nouvelle mission à l’Université de Strasbourg ( »Vie démocratique ») en faisaient l’homme providentiel : je m’attendais qu’il reprenne l’objet en le faisant évoluer vers moins d’institutionnel, plus d’expérimentation et de liberté dans le champ de la parole scientifique. Hélas !!

Mais c’est la novlangue avec laquelle est écrite l’éditorial qui laisse surtout pantois. Il n’y a rien, mis à part qu’il faut faire « évoluer », « affiner » un média dédié à une véritable « cité du savoir » c’est à dire que le savoir est dans l’université et pas ailleurs. Nous verrons dans le prochain numéro l’orientation que prendra Savoir(s), mais il faut s’attendre à pleurer un journal qu’on aimait bien.

http://www.unistra.fr/uploads/media/savoirs1001.pdf et http://www.unistra.fr/index.php?id=1180

Savoirs () : les enseignants chercheurs parlent

Le 15 juin 2009 par "Diderot en verres miroirs"

C

omme je n’en ai pas encore parlé, c’est le moment de le faire. L’Université de Strasbourg s’est doté d’un journal trimestriel, nommé Savoir(s), à ma connaissance, le seul journal issu d’une université doté d’un numéro paritaire. Ca n’a l’air de rien comme ça, mais représente au moins un avantage : il doit être reconnu d’intérêt général quant à la diffusion de la pensée. Il est animé par une équipe de journalistes scientifiques couvrant l’ensemble des domaines du savoir et de ses à cotés pédagogique, administratif, politique, etc. Ainsi, les sujets proposés dans Savoir(s ) dépassent de loin le cadre purement universitaire Strasbourgeois.

Le numéro d’Avril 2009 (n°2 donc) est partiellement consacré à la réforme du statut des enseignants-chercheurs actuellement en cours. L’interview de 6 chercheurs montre que, derrière une résistance forte proclamée par les syndicats, les avis des enseignants chercheurs sont plus mitigés et variés. Du dossier émerge cependant quelques avis partagés : (Lire la suite…)