Citations

la bataille hadopi

Détruire une systématique

Le 09 décembre 2009 par "Diderot en verres miroirs"

Notre usine est un roman

« M

oi, j’ai eu de la chance, parce que j’ai appris un autre métier, et qui m’a plu. Je l’ai fait de 1994 à 2003 à la Collection, que l’on appelle la chimiothèque. J’ai rencontré d’autres gens, des techniciens, des chercheurs. Ca donne un autre point de vue.

Nadine – Mais c’est vraiment pas correct, ce qu’ils t’ont fait à la fin.

Gisèle – Je préfère ne pas en parler.

N. – Je peux le dire à ta place si tu veux.

G. Non, je vais le dire, même si c’est pas facile. En 2003, les gens partaient, c’était fini, les laboratoires se vidaient. Les gens étaient envoyés à Vitry ou ailleurs. Tout le monde partait. Moi je ne pouvais pas suivre parce que je soignais Maman qui était malade. Parfois, je faisais l’aller et retour dans la journée, cinquante kilomètres. J’étais en poste transféré mais j’ai refusé Vitry. Alors il m’ont prolongé un an ici pour … pour jeter la Collection, la détruire. Détruire les produits, c’était …

N. Tu veux que je raconte à ta place, Gisèle ?

G. … détruire les gens.

N. Voilà, c’est dit.

G. Je jetais du travail … des gens. Sur l’étiquette, il y avait le nom de la structure, la formule brute, la référence du cahier de laboratoire et le nom de la personne. Des gens que j’avais connus et que je mettais à la poubelle. Une nuit, j’ai rêvé que je creusais un trou et que je mettais les gens dedans. Et les gens dans mon rêve, c’était les ceux que j’avais jeté le jour même, j’avais lu leur nom et je rêvais que je les enterrais. C’était pas des tombes, c’était un grand trou …

N. Voilà …

G. Si j’avais eu un pot de départ, je considère que ça aurait été une fin correcte, avec mes collègues autour, les plus jeunes qui auraient continué ce que moi-même j’aurais continué des plus anciennes.Ça aurait été triste, mais il faut ça. Tandis que là, ils ont mis nos vies de travail à la fosse commune.

N. Sans sépulture.

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Comment on publie un livre

Le 04 décembre 2009 par "Diderot en verres miroirs"

Zinoviev-les hauteurs béantes

« I

l est faux, dit le Neurasthénique, d’affirmer que chez nous, il est difficile de se faire publier. Au contraire, nous sommes obligés de nous faire éditer. C’est même chiffré. Par exemple, chaque année, je suis obligé de faire paraître cinq ou six feuilles de quarante mille caractères. Tu te rends compte, tous les deux ans, un livre. Quant à l’Institut, il est obligé de faire paraître tous les ans toute une bibliothèque de découvertes scientifiques. Et note bien qu’il nous est prescrit de publier uniquement des travaux créateurs, originaux, hautement qualifiés, qui contribuent au développement de la science d’avant-garde. Le niveau de nos travaux doit en outre s’élever tous les ans. Tout un système grandiose a été mis sur pied pour garantir ce progrès irrésistible.

Il existe une directive générale, cela va de soi, qui détermine le développement de la science pour l’étape historique donnée. Tout ce qui se fait se déroule donc dans le cadre et à la lumière de cette directive, De degré en degré, la directive s’élance vers le bas, sous la forme de toutes sortes de documents impératifs, et cela, jusqu’aux collaborateurs de base. Ceux-ci commencent à s’arracher les cheveux et à réfléchir; que pourront-ils bien planifier pour les dix années qui viennent? Les cinq années qui viennent ? Enfin, pour l’année qui vient les prendre à la gorge? Le contenu proprement dit ne joue aucun rôle dans cette planification, car, de toute façon, tout le monde continuera à faire la même chose. L’essentiel, c’est d’inventer un nouveau titre, capable de réjouir les autorités ou, du moins, de ne pas provoquer leur ire. On invente les titres à grand-peine. On les colle ensemble pour former le projet de plan du groupe, du secteur, de la section, de l’Institut. Maintenant, les projets de plan repartent vers le haut, enrichis d’un contenu concret. (Lire la suite…)

Stalker : le passeur

Le 12 août 2009 par "Diderot en verres miroirs"

« D

u bonheur pour tout le monde, gratuitement, et que personne ne reparte lésé ! ». Dernière phrase écrite par Boris et Arkadi Strougatski dans leur livre « Pique nique au bord du chemin« , plus communément nommé « Stalker« .

Je referme ce livre les larmes aux yeux, comme à chaque fois,plein de mes rêves d’adolescent, d’envies oubliées, de frustrations refoulées. Ca aurait à voir avec les sciences ? Rien n’est  plus sur. Quoique …

L’adaptation de Andrej Tarkovski, très catholique, et malgré sa beauté formelle fulgurante, m’a toujours paru incomplète, moi l’athée de base. Peut-être les auteurs me parlent-ils de scientifique à scientifique (Arcadi Strougaski est mathématicien et physicien, Boris spécialisé en langues orientales). Ils évitent tout mysticisme facile et ne recherchent qu’à raconter l’homme, son besoin de connaissances, et aussi son incomplétude face aux petites choses qu’il produit. Mais laissez-moi vos raconter … (Lire la suite…)