Citations

la bataille hadopi

Pleure, enfant, Gaia meurt

Le 25 octobre 2010 par "Diderot en verres miroirs"

yann_arthus_bertrand

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n fait du mal à maman, maman a mal. Maman, c’est la plus jolie, et on lui fait du mal ! Maman, on l’empoisonne, on la déchire, on tue ses autres enfants, on la fouille dans sa chair. Maman, on est tous ses enfants. Qu’on vive à New Delhi, ou à Paris, qu’on soit noir ou blanc, qu’on soit né sur les trottoirs de Manille ou d’Alger. Notre maman nous aime, et c’est parce qu’elle nous aime qu’il faut arrêter de lui faire mal.

Pourtant, maman, elle est bonne avec nous ! C’est notre maman qui nous donne à manger, qui nous reçoit en son sein, qui nous berce, nous console. C’est vers elle que nous revenons lorsque, après une dure vie de labeur, nous en avons fini : notre âme va vers Dieu, mais notre corps va vers maman. Maman, elle nous protège, et c’est parce qu’elle nous protège qu’il ne faut pas lui faire de mal.

Et puis Maman, elle est jolie ! Maman, c’est la plus jolie du monde. Tiens, regarde par la fenêtre de l’avion. Regarde par le hublot de ta station orbitale. Regarde par ton masque de plongée. Regarde sur ces photos ! Regarde dans la télé : regarde comme maman est jolie. avec ses jolis paysages, avec ses jolies montagnes, et ses jolies mers. avec ses jolies plantes et ses beaux animaux. Et toi, tu lui fais du mal !!

Tu peux avoir honte, oui !! Faire ça à sa propre mère ! Tu la conchies, tu lui roules dessus, avec ta voiture qui pollue : ton essence, ton gasoil, ton charbon, ça lui fait des gaz à ta mère. Et après, ça lui fait une mauvaise maladie, on appelle ça l’effet de serre. Non mais, tu te rends compte ? TU TE RENDS COMPTE DE CE QUE TU FAIS A TA MERE ? Tu as vu comment tu la détruis ta mère ? Sa jolie glace sur ses pôles et sur ses montagnes fond comme neige au soleil, on appelle ça l’effet de serre, c’est parce que la terre se réchauffe. Non mais TU N’AS PAS HONTE ?

Et ne va pas croire que ton énergie nucléaire arrangerait les choses ! Ah, bien sûr, là, l’énergie nucléaire, ça ne produit pas de gaz carboniques, alors, ça n’agit pas sur l’effet de serre, mais … Imagine qu’une centrale atomique explose ? Tu te rends compte de toute la pollution nucléaire ? Non mais TU TE RENDS COMPTE ?

Et puis, faut voir !! Tu manges des aliments qui n’ont plus rien de terrien, élevés dans du béton et derrière des grilles. Toute cette concentration d’animaux dans ces endroits exigus. Pour peu, on les a déjà transformés, avec leurs OGM. Ces cochons gros et gras, obèses si jeunes. Et ces vaches et ces veaux qui meurent dans d’atroces souffrances. Et ces poissons qui meurent la gueule ouverte dans des bateaux usines, pour que tu puisses avoir tout ton petit confort. NON MAIS TU TE RENDS COMPTE ? NON MAIS TU N’AS PAS HONTE ?

Alors bien sûr !! Tu vas me dire : j’y suis pour rien. C’est pas moi qui choisis de mettre du fioul dans mon réservoir, c’est parce que c’est moins cher pour moi. C’est pas moi qui choisis d’habiter là, j’ai acheté ma maison comme ça, et puis elle est pas si mal, non ? Oui, je pollue quand je vais au boulot le matin. Mais, va au boulot à 40 km de chez toi avec les transports en commun qui vont pas dans la bonne direction, même que ça dure deux fois plus longtemps. J’ai acheté cette maison, c’était déjà un dépotoir, elle fuyait de partout, j’ai déjà trois prêts sur les bras, et tu voudrais que j’isole cette maison neuve ? Et puis, j’ai pas choisi non plus l’énergie nucléaire. Ni les OGMs.

Mais TU N’AS PAS HONTE ?

Bien sur que oui, j’ai honte, quand je vois les photos de Yann Arthus Bertrand, quand je vois les reportages à la télé, quand j’entends que la terre se réchauffe, quand j’entends les scientifiques du GIEC, quand j’entends les experts anti-OGM, quand j’entends que les abeilles meurent, quand j’entends que les enfants naissent pas normaux à Tchernobyl, quand je vois qu’il a fait mauvais cet été, quand je vois les icebergs qui fondent, quand j’entends qu’on détruit les poissons au fond de l’océan, et que bientôt il n’y en aura plus, quand je vois la souffrance qu’on impose aux animaux, encore et encore : oui, que veux tu que je fasse ? On fait du mal à maman, pourtant elle est si jolie, je le vois bien aussi sur les photos, c’est une si jolie boule bleue, mais je n’y peux rien, et oui, J’AI HONTE. Mais que veux tu que je fasse ?

Oui, hein, que tu as honte !! C’est bien, redis le : J’ai honte ! Et tu as bien raison d’avoir honte. Tiens, écoute cet expert, il va te parler de la destruction des pôles. Et tiens, écoute celui-ci, il va te raconter la disparition d’espèces pas encore découvertes. Et celui-ci encore, il te parlera de l’extinction de cultures indiennes. Celui-ci de la pollution nucléaire dans les fleuves russes,et celui-là de la disparition des abeilles. Écoute les bien, ils ont raison : ce sont des scientifiques, ils savent à quel point tu fais du mal à maman. Va au coin et ne bouge pas ! Écoute ce qu’on te dit ! Méchant !

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Albert Tarantola

Le 06 janvier 2010 par "Diderot en verres miroirs"

Je ne connaissais absolument pas ce personnage, pas même découvert sur un plateau de télé. Alors, je lis une nécro de lui dans Le Monde : il est mort à 60 ans. Honoré de ses collègues (médaille d’Argent du CNRS), je découvre aussi un personnage scientifique hors du commun. Ma petite visite sur sa page perso (http://www.ipgp.fr/~tarantola/) me révèle qu’il s’est amusé entre autres, à reconstruire un système de classification des atomes basé non su le nombre de particules, mais sur les niveaux d’énergie, ce qui est effectivement plus malin, surtout au vu de la physique contemporaine, et à proposer un nouveau système de coordonnées GPS.

Sa page perso de l’institut de physique du globe me révèle un esprit curieux de beaucoup de choses, ce qui n’est pas si constant dans la population scientifique contemporaine. Je ne m’attarderai pas sur ses découvertes : j’ai peut-être compris ce à quoi correspond la théorie du problème inverse, mais je ne me risquerais pas à en donner une signification ne fut-ce que partiellement vraie. La variété des sujets auxquels il s’est risqué fait penser à une personnalité s’intéressant à tout : sa mort révèle une personne très appréciée de ses collègues et de la communauté scientifique. Bonne nouvelle que d’apprendre que ces qualités sont encore reconnues dans la communauté scientifique, on s’est pendant un moment demandé si c’était vraiment le cas.

Pour terminer, et à l’instar de Stéphane Foucart, journaliste qui a écrit sa necro dans Le Monde, je terminerai en rappelant deux conseils simples que je suis depuis le jour de ma thèse, et qui m’ont toujours rapporté : « Cesser d’avoir cette foi naïve dans le « progrès » que nous prodiguent la science et la technologie. Devenir humble. »

http://www.lemonde.fr/carnet/article/2009/12/21/albert-tarantola-geophysicien-francais_1283645_3382.html

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    La mort technologique

    Le 30 mars 2008 par "Diderot en verres miroirs"

    « 

    Chantal Sébire ne serait pas morte naturellement » : voici le titre de la une du Figaro Internet daté du 21 mars à 12h50. Il s’agit d’un fait divers qui défraie la chronique de ce mois de mars : Madame Sébire, souffrant d’un esthésioneuroblastome depuis 2002, demandait à ce que la loi Leonetti encadrant les procédures médicales autour de la fin de vie soit modifiée. L’histoire de cette femme est racontée à cette adresse.

    Ce qui m’a intéressé, au delà du simple aspect « fait divers », c’est le mélange société/droit/technologie qui est discuté, et les usages et opinions proposés. Par exemple, l’avocat de Mme Sébire, Mr Gilles Antonowicz, compare un cocktail lytique (ie des barbituriques) avec un révolver, deux objets technologiques connus. Il fait ce rapprochement par le droit, et voici son argument :

    Se souvenir de Washoe

    Le 08 novembre 2007 par "Diderot en verres miroirs"

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    ouvent, on pense à des scientifiques morts pour la recherche. Un peu moins souvent pour des femmes et des hommes, matériel d’observation et éventuellement d’expérimentation. On se souvient de Joseph Meister, le fameux petit berger alsacien de Louis Pasteur, qui a survécu de la rage, même avec une injection contrôle (voir http://fr.wikipedia.org/wiki/Louis_Pasteur#La_rage).
    Oui, lors d’une découverte, on se souvient parfois des cobayes. Oui oui, on se souvient de Laïka, première chienne à avoir été envoyée dans l’espace. Une petit chienne qui a du souffrir à son retour sur terre, morte à l’arrivée. Une chienne de l’expérience. Mais est-ce Laïka qui a changé le cours du monde, ou est-ce l’homme, envoyant ainsi un être vivant dans l’espace ? Et se souvient-on encore du nom des singes ?

    Washoe, il faut s’en souvenir !! Elle a changé notre vision du monde, à son insu, certes, mais également au notre. Rappelez vous Washoe, la première chimpanzée à avoir appris le langage des signes. Et à l’avoir utilisé dans le but d’une communication avec les hommes. On se rendait compte il y a un peu moins de 40 ans que, oui, de façon certes rudimentaire, un chimpanzé pouvait communiquer avec des humains. Alors que dans la même décennie, on envoyait des chiens (et des singes) se faire tuer dans l’espace, on se rendait également compte qu’un primate était perméable au langage. De la à penser que les chimpanzés et les autres primates, les autres singes, ou même les autres animaux possédaient, eux aussi, leur propre langage …

    Mais alors, qui sommes nous donc, nous les humains ? Nous sommes humains parce que nous possédons un langage ? Cette condition est elle nécessaire et suffisante ? Lorsque Washoe a appris à utiliser le langage des signes, c’est bien de cela qu’il s’agissait : elle remettait en cause, peut être même au dépens des expérimentateurs, la notion même d’humanité.

    Mais l’histoire ne s’est pas arrêtée là. Parce que si ça n’avait été que cela, on aurait bien vite arrêté cette pensée iconoclaste, cette bévue de l’histoire qui ne conduit nulle part, surtout pas pour nous autres qui avons conquis démocratie, savoir, humanité, au fil des siècles, et parce que nous avons une culture, un langage.

    http://www.friendsofwashoe.org/Washoe est une femelle : elle a eu des petits qui a leur tour … Oui, elle n’a pas fait que cela : elle a également appris à sa progéniture le langage des signes qu’elle avait elle même appris des humains. et cette petite troupe de chimpanzés s’est mise à communiquer avec les mains autant qu’avec les sons. La communication a autant eu lieu au sein du groupe que vers l’extérieur, vers les humains. Certains mots se sont perdus, mais peu importe, la communication était là, et vivante dans le groupe.

    En faisant perdurer cette communication, et ce langage avec une intervention humaine minime, c’est de culture dont il s’agit. On se souvient d’un mode de transmission qui permet de faire perdurer histoires, concepts, qui permet d’exprimer des préférences personnelles (Tatu est une fille de Washoe qui préfère le noir, elle le dit).

    Cette idée de transmission culturelle nous semble bien lointain aujourd’hui, quoique … Les idées concernant l’utilisation d’outils, la culture de troupes de primates, la manipulation de concepts avancés sont maintenant à peu près reconnues. Les éthologues étendent désormais ce type de recherche à d’autres familles de mammifères. Et nous, le grand public, nous savons aujourd’hui que certains singes mangent des termites avec des batons, s’organisent des saunas au Japon, mangent des crabes au bord de la plage en festin , et se disent des choses, se les transmettent.

    Et nous, les hommes, nous découvrons que notre animalité est beaucoup plus proche que ce que nous en attendions. Nous nous voulions éloignés des primates, éloignés des chiens, éloignés des éléphants ou des dauphins. Nous recherchions des modèles de pensée qui nous permettraient de différencier animal et humain. Alors, l’invention de l’outil, l’invention du langage, l’invention de la culture, de l’art, etc … toutes ces choses que nous avons inventées et qui nous ont séparés, départagés du monde anima, tous ces critères, moins objectifs les uns que les autres, nous permettaient de nous éloigner d’une condition dont nous ne voulions pas.

    Et puis, Washoe est arrivée. Elle a appris le langage des signes. Elle l’a transmis à sa famille. Elle nous a montré que les animaux aussi peuvent avoir une culture. Et les chercheurs lui ont emboîté le pas. Ont recherché des signes de culture animale partout dans le monde. En ont trouvé beaucoup. Et lui ont donné raison.

    Alors, souvenons nous de Washoe. Pas en tant que Meisner, petit matériel expérimental de Pasteur. Pas en tant que Leïka, petit matériel expérimental du programme spatial russe. Mais en tant que chimpanzé, qui nous aura appris bien plus que les chercheurs lui auront appris.

    Au revoir Washoe.