Citations

la bataille hadopi

Avoir un avis sur rien

Le 22 décembre 2011 par "Diderot en verres miroirs"

C

‘était une réflexion qui me trottait dans la tête ces derniers temps. Moi qui travaille, tant que faire ce peut dans le monde de la culture des sciences : ça gave quand même sévère. La culture est partout et cette société est celle du tout culturel. André Wilms nous en rappelle la nausée potentielle, les défauts permanents, l’inutilité de ce blog, et le travail vrai de l’artiste (ici Aki Kaurismaki), en contraste. Merci.

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Pleure, enfant, Gaia meurt

Le 25 octobre 2010 par "Diderot en verres miroirs"

yann_arthus_bertrand

O

n fait du mal à maman, maman a mal. Maman, c’est la plus jolie, et on lui fait du mal ! Maman, on l’empoisonne, on la déchire, on tue ses autres enfants, on la fouille dans sa chair. Maman, on est tous ses enfants. Qu’on vive à New Delhi, ou à Paris, qu’on soit noir ou blanc, qu’on soit né sur les trottoirs de Manille ou d’Alger. Notre maman nous aime, et c’est parce qu’elle nous aime qu’il faut arrêter de lui faire mal.

Pourtant, maman, elle est bonne avec nous ! C’est notre maman qui nous donne à manger, qui nous reçoit en son sein, qui nous berce, nous console. C’est vers elle que nous revenons lorsque, après une dure vie de labeur, nous en avons fini : notre âme va vers Dieu, mais notre corps va vers maman. Maman, elle nous protège, et c’est parce qu’elle nous protège qu’il ne faut pas lui faire de mal.

Et puis Maman, elle est jolie ! Maman, c’est la plus jolie du monde. Tiens, regarde par la fenêtre de l’avion. Regarde par le hublot de ta station orbitale. Regarde par ton masque de plongée. Regarde sur ces photos ! Regarde dans la télé : regarde comme maman est jolie. avec ses jolis paysages, avec ses jolies montagnes, et ses jolies mers. avec ses jolies plantes et ses beaux animaux. Et toi, tu lui fais du mal !!

Tu peux avoir honte, oui !! Faire ça à sa propre mère ! Tu la conchies, tu lui roules dessus, avec ta voiture qui pollue : ton essence, ton gasoil, ton charbon, ça lui fait des gaz à ta mère. Et après, ça lui fait une mauvaise maladie, on appelle ça l’effet de serre. Non mais, tu te rends compte ? TU TE RENDS COMPTE DE CE QUE TU FAIS A TA MERE ? Tu as vu comment tu la détruis ta mère ? Sa jolie glace sur ses pôles et sur ses montagnes fond comme neige au soleil, on appelle ça l’effet de serre, c’est parce que la terre se réchauffe. Non mais TU N’AS PAS HONTE ?

Et ne va pas croire que ton énergie nucléaire arrangerait les choses ! Ah, bien sûr, là, l’énergie nucléaire, ça ne produit pas de gaz carboniques, alors, ça n’agit pas sur l’effet de serre, mais … Imagine qu’une centrale atomique explose ? Tu te rends compte de toute la pollution nucléaire ? Non mais TU TE RENDS COMPTE ?

Et puis, faut voir !! Tu manges des aliments qui n’ont plus rien de terrien, élevés dans du béton et derrière des grilles. Toute cette concentration d’animaux dans ces endroits exigus. Pour peu, on les a déjà transformés, avec leurs OGM. Ces cochons gros et gras, obèses si jeunes. Et ces vaches et ces veaux qui meurent dans d’atroces souffrances. Et ces poissons qui meurent la gueule ouverte dans des bateaux usines, pour que tu puisses avoir tout ton petit confort. NON MAIS TU TE RENDS COMPTE ? NON MAIS TU N’AS PAS HONTE ?

Alors bien sûr !! Tu vas me dire : j’y suis pour rien. C’est pas moi qui choisis de mettre du fioul dans mon réservoir, c’est parce que c’est moins cher pour moi. C’est pas moi qui choisis d’habiter là, j’ai acheté ma maison comme ça, et puis elle est pas si mal, non ? Oui, je pollue quand je vais au boulot le matin. Mais, va au boulot à 40 km de chez toi avec les transports en commun qui vont pas dans la bonne direction, même que ça dure deux fois plus longtemps. J’ai acheté cette maison, c’était déjà un dépotoir, elle fuyait de partout, j’ai déjà trois prêts sur les bras, et tu voudrais que j’isole cette maison neuve ? Et puis, j’ai pas choisi non plus l’énergie nucléaire. Ni les OGMs.

Mais TU N’AS PAS HONTE ?

Bien sur que oui, j’ai honte, quand je vois les photos de Yann Arthus Bertrand, quand je vois les reportages à la télé, quand j’entends que la terre se réchauffe, quand j’entends les scientifiques du GIEC, quand j’entends les experts anti-OGM, quand j’entends que les abeilles meurent, quand j’entends que les enfants naissent pas normaux à Tchernobyl, quand je vois qu’il a fait mauvais cet été, quand je vois les icebergs qui fondent, quand j’entends qu’on détruit les poissons au fond de l’océan, et que bientôt il n’y en aura plus, quand je vois la souffrance qu’on impose aux animaux, encore et encore : oui, que veux tu que je fasse ? On fait du mal à maman, pourtant elle est si jolie, je le vois bien aussi sur les photos, c’est une si jolie boule bleue, mais je n’y peux rien, et oui, J’AI HONTE. Mais que veux tu que je fasse ?

Oui, hein, que tu as honte !! C’est bien, redis le : J’ai honte ! Et tu as bien raison d’avoir honte. Tiens, écoute cet expert, il va te parler de la destruction des pôles. Et tiens, écoute celui-ci, il va te raconter la disparition d’espèces pas encore découvertes. Et celui-ci encore, il te parlera de l’extinction de cultures indiennes. Celui-ci de la pollution nucléaire dans les fleuves russes,et celui-là de la disparition des abeilles. Écoute les bien, ils ont raison : ce sont des scientifiques, ils savent à quel point tu fais du mal à maman. Va au coin et ne bouge pas ! Écoute ce qu’on te dit ! Méchant !

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Une bien jolie phrase

Le 10 septembre 2010 par "Diderot en verres miroirs"

… Q

ui est un peu pompeuse, certes, mais finalement assez vraie. Elle est tirée d’une « Histoire des théories de la communication » de Armand et Michèle Mattelart (ed La découverte Repères). La situation sédimentée des sciences de la communication fait qu’on peut penser ne pas pouvoir utiliser à bon escient les savoirs produits par cette science, de ne pas pouvoir les appliquer. Pourtant, je reste persuadé qu’en comprenant ces histoires des sciences de la communication, on devrait arriver à quelque chose.

J’oubliais, la citation …

« Doctrines aux effets de mode et prêts à penser aux néologismes météores font figure de schémas explicatifs définitifs, de leçons magistrales, gommant au passage les trouvailles d’une lente accumulation, contradictoire et pluridisciplinaire, des savoirs en la matière, et renforçant la frivolité de l’objet. Peut-être plus dans ce champ de connaissances que dans d’autres, l’illusion est forte de penser que l’on peut faire table rase de cette sédimentation et que, dans cette discipline, à la différence des autres, tout reste à penser. »

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La même chanson

Le 03 mars 2010 par "Diderot en verres miroirs"

E

h oui, depuis que je m’intéresse à cette notion qu’est la vulgarisation, j’entends toujours et encore la même chose. Laquelle ? Une version barbante et conservatrice nous en est proposée par Dominique Wolton dans le numéro n°1 du journal « Le prisme à idées ». Quelques fausses idées s’agglutinent autour d’une pensée jamais renouvelée de ce qu’est la place des scientifiques dans la société. Parmi lesquelles, on peut citer :

  • Les journalistes scientifiques sont insuffisamment là : 1/100 journalistes. On oublie trop souvent que de nombreux sujets de science sont traités par des journalistes généralistes (et parfois plutôt bien), et que les journalistes spécialisés sont la plupart du temps (et c’est particulièrement vrai pour les journalistes scientifiques) employés dans une presse spécialisée. Donc, les journalistes parlent plus de science qu’on voudrait croire, mais pas comme on aimerait. Plus loin, la description de cette médiation indique très clairement que, pour être journaliste scientifique, il faut impérativement être scientifique ou amateur de sciences. Je préférerais que la personne sache écrire sache défendre un angle : la culture scientifique est un plus.
  •  » Le mythe du scientifque isolé dans sa tour d’ivoire, et se refusant à voir les enjeux économiques et politiques de son activité est aujourd’hui inadmissible et tout simplement devenu impossible. » A t’il seulement existé ? Les scientifiques ont aujourd’hui une position ambivalente vis à vis de la vulgarisation scientifique et des médias. Ca a toujours été, et ce dès que la science populaire a existé. C’est cette pratique de la popularisation des sciences qui rend la chose ambivalente. Mais, comme le dit Wolton, le scientifique (tiens, il y aurait « un » scientifique comme il y aurait un « grand public ») a besoin de ses liens politiques et économiques. Il parait donc normal qu’il communique. Oui : ça fait même partie de son travail, figure toi !! Et je ne parle pas que de vulgarisation, mais aussi de travail vis à vis de ses collègues. La production du savoir, c’est cela aussi : construire un discours, qui peut aller du plus compliqué au plus simple, du plus spécifique au plus évident, éliminer les à coups. Voilà pourquoi la pratique de la vulgarisation est importante pour les scientifiques : ils le savent très bien. Cette pratique socialise le savoir et ramène des pépètes. Ce rapport vis à vis de la vulgarisation n’est donc pas qu’instrumental : il permet aussi au scientifique de travailler son discours, et donc de peaufiner le savoir qu’il produit : ça fait partie du métier de chercheur.
  • « Nous ne portons que très peu d’attention aux activités technologiques, alors que la France dispose  de très bons ingénieurs. C’est une erreur. » Encore un qui fait un mélange entre science et technologie, signe qu’il y connaît quelque chose !! D’autant plus que, quelques phrases plus tard, il annonce « Les élites françaises entretiennent une fascination pour les sciences dites pures, au détriment des sciences appliquées. ». Il n’y a donc pas de différence notable entre la pratique ingénieure et la pratique théorique ou expérimentale. On mélange tout. C’est d’autant plus dommageable qu’effectivement, il est plus facile de vulgariser des applications pratiques et leur réalisation que les résultats théoriques et expérimentaux dont ils découlent. J’aurais même tendance à dire que, puisqu’il est si différent de vulgariser une science appliquée et une science « dure », alors, les choses ne doivent pas être les mêmes. Mais probablement je confonds tout moi aussi.

Bon, je ne vais pas continuer comme ça, commenter ce ramassis de conneries m’est déjà assez pénible. On va oublier la description de ce qu’est un journaliste scientifique, les allers retours des scientifiques entre la sphère science et la sphère société, la place des scientifiques dans les médias, avec des lieux communs qui feraient rougir Jean-Pierre Pernod. Non, ce n’est pas bien d’instrumentaliser à l’excès les médias. Pas plus pour un scientifique que pour un autre. Dans son cas, sa position d’expert rend la matière médiatique certes plus « friable », mais c’est à la société et la démocratie de se positionner.

On ne questionne pas la difficulté du journaliste de trouver un angle pour l’appréciation de ce qui est dit par l’expert. D’autant plus quand il est généraliste. Ici, on aime le blog de Sylvestre Huet (et ses écrits dans Libé) parce qu’il sait ce qu’il fait. Et il le fait bien.Mais c’est difficile. Il faut apprendre à déboulonner l’expert, et ne plus prendre partie pour l’un ou pour l’autre. L’introduire dans notre dispositif démocratique, arriver à lui trouver une place. Ne pas le laisser à l’extérieur et lui demander son avis, lui mettre un coup de projecteur dessus si nécessaire, puis l’oublier. Ce ne sont pas les rapports des sciences avec les sociétés qu’il faudrait voir, mais plutôt l’inverse.

Et cette conclusion : « La communication est l’un des enjeux scientifiques du XXIème siècle. » Je suis soufflé.

Vous me direz : « Arrête de tirer sur les ambulances, ce n’est pas très malin, il est là, on y peut rien. » Vous avez raison bien sûr. Mais j’aimais bien sa notion de « culture moyenne » et me rendre compte aujourd’hui que ce n’est qu’un outil qui lui permet de différencier maladivement « eux » et « nous », les prolos et les aristos, le peuple et les élites, les uns et les autres … le savoir ne rend pas meilleur, la société des Lumières est une utopie inutile. Croyez moi !

Je mélange tout à nouveau …

La voix de son maître

Le 16 octobre 2009 par "Diderot en verres miroirs"

C

hargé de communication, quel beau métier ? Travail dur d’exécutant d’institution, Université, CNRS, INSERM, etc. Comme il n’y a pas encore franchement de culture de la communication dans ces structures, la communication est essentiellement institutionnelle : rédaction de dossiers de presse, rédactionnel, création de plaquettes, rédactionnel de sites internet, commandes auprès d’agence de communication pour tout ce qui serait création … Le ou la chargé(e) de comm. a dans son panier divers outils qui lui permettent d’exprimer … quoi ? (Lire la suite…)

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