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la bataille hadopi

Se souvenir et rêver : Scientifica

Le 11 mars 2009 par "Diderot en verres miroirs"

Les ouvrages écrits de vulgarisation scientifique sont-ils les modèles de nos pratiques actuelles ? On pourrait se poser la question. Nous avons parlé déjà des Pierre-Henry Fabre, de Camille Flammarion et d’autres auteurs qui ont certainement fait rêver en leur temps de jeunes publics (ou moins jeunes). Peut-être ces livres et ces auteurs ont-ils également fait naître des vocations : astronomie, physique, biologie, chimie, éthologie, médecine, … autant de disciplines scientifiques qui connaissent leur « bible vulgarisatrice ». Je me rappelle personnellement avoir hérité de ma soeur d’un livre « l’âge de l’espace » traduit du Russe, avec la belle tête de Youri Gagarine sur un à-plat bleu nuit. Voici un des livres livre qui m’a conduit à m’intéresser de près à l’espace, à imaginer qu’un jour je serai voyageur en apesanteur vers des contrées lointaines, la Lune, Mars, ou plus loin, pourquoi pas.

Parfois même, cette bible serait à l’origine de la scientificité de nouvelles disciplines. Ainsi, c’est l’acte même de la vulgarisation, à la naissance de la discipline, qui la rendrait scientifique aux yeux de la communauté scientifique tout entière. Et, pourquoi pas ? Si Freud n’avait pas écrit ses ouvrages au retentissement mondial, est-ce que la psychanalyse serait reconnue comme une science ? Même si cette reconnaissance reste encore parfois controversée … Les derniers rois de Thulé, Tristes Tropiques, autant de livres attachés à l’acceptation de la scientificité de l’ethnologie. Et, allons plus loin, Galilée écrivant dans un langage vernaculaire, un dialogue sur les mondes, n’a t’il pas plus agi sur la scientificité de son hypothèse que tant de rapports scientifiques et savants, écrits en latin ?

Ces ouvrages de vulgarisation montrent, plus encore que les publications « ’sérieuses », une entreprise visant à convaincre le plus grand nombre du bien fondé d’un paradigme ou d’un autre. Et aujourd’hui, un voyage numérique au coeur de cette histoire des sciences est possible : il s’agit de Scientifica, la Bibliothèque Numérique de la Bibliothèque des Sciences et de l’Industrie. On peut y lire des ouvrages d’une bibliothèque du XIXème siècle, comprenant des thématiques telles que « La science pour petits et grands », « La phrénologie », ou « La théorie de la dégénérescence.

Oh bien sur, on sent à travers ces pages le double besoin des scientifiques de s’exprimer en accord avec  une société tournée vers l’eugénisme et l’hygiénisme, et de convaincre le plus grand nombre possible de lecteurs du bien fondé de son existence même. Rien de nouveau donc, car en lisant des journaux de vulgarisation contemporain, des documentaires, ou même des films populaires chers à Matteo (Merzagora), on voit bien combien il nous sera difficile, en tant que vulgarisateurs, de nous dépêtrer de cette histoire finalement assez lourde.

Alors, il reste le rêve, celle de planches magnifiques, de gravures étonnantes, d’une langue qui a bien changé, mais qui nous rappelle également que le scientifique ne s’exprime pas n’importe comment vis à vis de la plèbe, et enfin d’une vision de l’homme qui a, elle-aussi, bien changé.

Un bémol toutefois : pourquoi ne pas centraliser ces ouvrages numériques avec ceux de Bibnum ? Sont-ce des choix technologiques différents, des choix éditoriaux séparés, ou plus simplement le fait de séparer l’ouvrage scientifique lui-même de l’ouvrage de vulgarisation scientifique ? Tous deux ne font ils pas partie de la même histoire ?