Citations

la bataille hadopi

Science squattée

Le 19 mars 2012 par "Diderot en verres miroirs"

B

on, ce n’est pas une nouveauté : physique et Biologie sont deux disciplines scientifiques régulièrement squattées par des artistes pour utiliser leurs représentations, et en produire un message plus évolué … peut-être. On s’esbaudit d’ailleurs souvent sur ces positions car, du moment qu’on utilise ces représentations, on apparait tout de suite plus intelligent.

Là, c’est Bjork qui s’y colle ! Dans son clip/musique/iPhoneApp Biophilia (le nom annonce la couleur), elle raconte le ballet fou des chromosomes et de l’ADN, et leur reproduction de brin à brin, de génération en génération, de femme en femme, et au services d’une pensée Gaïaesque dont on se passe bien. Je suis un peu hors champ, là, parce qu’en fait, il ne s’agit pas de médiation des sciences, mais de travail artistique prenant pour support une médiation scientifique mal digérée ! Quant au travail artistique lui-même … Bjork a eu par le passé des idées plus lumineuses.

http://m.npr.org/news/front/147756106?page=0.

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Avoir un avis sur rien

Le 22 décembre 2011 par "Diderot en verres miroirs"

C

‘était une réflexion qui me trottait dans la tête ces derniers temps. Moi qui travaille, tant que faire ce peut dans le monde de la culture des sciences : ça gave quand même sévère. La culture est partout et cette société est celle du tout culturel. André Wilms nous en rappelle la nausée potentielle, les défauts permanents, l’inutilité de ce blog, et le travail vrai de l’artiste (ici Aki Kaurismaki), en contraste. Merci.

[wpaudio url="/wp-content/uploads/2011/12/Andre_Wilms-CONP-21122011.mp3" text="Comme on nous parle 21-12-2011" dl="0"]

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Le dogme contre la controverse

Le 25 avril 2010 par "Diderot en verres miroirs"

L

a tête au carré, célèbre émission de vulgarisation scientifique sur France Inter, avait lieu vendredi dernier (23 avril 2010) avait lieu au Futuroscope de Poitiers, qui héberge actuellement une exposition Science et Art. Chacun qui lit mon blog habituellement, sait mon aversion pour ce genre de thématique, cette acculturation scientifique par la proximité avec d’autres disciplines, ici l’Art. Chaque scientifique stimule bien évidemment son imaginaire par sa socialité, ses autres contacts avec le monde extérieur, ses goûts. Et il est tout aussi évident que les artistes peuvent voir dans les représentations scientifiques des pistes de création. Ce rapprochement entre l’Art et la Science a tout d’une pratique artificielle, et ne rend compte que de lieux communs et d’approximations. Bref, passons !!

Par contre, une prise de parole m’a attiré l’oreille bien plus que toutes ces comparaisons de représentations scientifiques avec des images d’art. Un des invités, Lionel Simonneau, à la fois chercheur en neurosciences et en didactique des sciences, nous offre une vision étonnante du dogme scientifique : ce dernier est très puissant, mais il empêche le chercheur d’avancer, dès lors que de nouvelles découvertes se produisent. Les controverses se produisent donc forcément contre ces dogmes.

Autrement dit, le dogme se trompe, et comme toutes les sciences évoluent forcément, parfois dans le sang (voire dans la révolution voir Kuhn pour plus de réflexions), le dogme est forcément faux, puisque c’est contre lui que de nouvelles interprétations apparaissent.

Tiens tiens … Un gars en didactique des sciences dit cela. Mais à quoi peut-bien servir ce dogme ? A précisément permettre de travailler contre lui ? Pourquoi pas, mais le dogme est quelque chose de quasi religieux. Lionel Simonneau cite en exemple dans cette interview pas très bien menée le dogme du capital fixe et définitif des cellules nerveuses à l’âge adulte, dogme qui est battu en brèche actuellement (depuis un bon nombre d’années en fait, il faut bien le dire), notamment par la découverte de cellules souches somatiques dans certaines zones du cerveau.Et, de fait, j’ai appris durant mes années de physiologie humaine ce dogme. Cette fixité religieuse qui permet à une vérité scientifique de s’imposer dans un programme d’apprentissage.

Et peut être le rôle du dogme est il précisément de pouvoir affirmer aux yeux du jeune apprenti, écolier, étudiant, que la réalité scientifique est vraie, qu’elle ne supporte aucune contradiction : les programmes scolaires dénient aux disciplines enseignées le droit de pouvoir être des représentations qui doivent pouvoir évoluer, et que c’est le rôle des scientifiques de le faire évoluer, transformer, parfois dans le sang. Un scientifique qui aura grandi, changé, et se sera débarrassé des dogmes, lui aussi …

Une petite remarque : cette photo de cellules souches somatiques n’est pas venue ici par hasard !! Bien au contraire : c’est parce une ou plusieurs personnes recherchaient ces cellules, une représentation différente de la plasticité et de la vie du cerveau, que ces images ont pu être produites. Elles n’étaient pas là par hasard, mais avaient pour but (c’est à dire pour les scientifiques qui les ont produit) de créer la polémique.

Et encore une dernière remarque pour la route : rien de tel de LA photo la plus parlante possible pour « dire » ce fait, l’exposer aux yeux de tous, lui donner l’existence d’une nouvelle vérité : le capital nerveux du cerveau n’est pas immuable. Il s’agit de trouver le support de médiation le plus fort possible. Pour qui savait lire l’image, le monde changeait : une arme redoutable. C’est là que les chercheurs voient dans leur métier des liens avec le travail artistique : changer la représentation du monde. Pour qui croit que c’est également la fonction de l’Art, pourquoi pas … Mais ce n’est pas mon cas.

[wpaudio url="/wp-content/uploads/2010/audio/LTAC_23042010.mp3" text="La tête au carré - 23 avril 2010" dl="0"]

Art et science : le casse-bonbon

Le 14 mai 2009 par "Diderot en verres miroirs"

Je reçois ce jour un courrier issu de la liste Vulgarisation de l’ENS :

« Scenocosme : Cabinet de curiosités contemporaines »
Scenocosme : Grégory Lasserre & Anaïs met den Ancxt
De l’art : évolution : Résidence de création impulsé par ARTEL 91
Scientifique associé : Alain Charcosset, Directeur de recherches à l’INRA (Station de Génétique Végétale du Moulon)
Aux XVIe et XVIIe siècles, les cabinets de curiosités désignaient des lieux dans lesquels on collectionnait et présentait une multitude d’objet rares, inédits ou étranges. On y trouvait alors des animaux empaillés, des insectes séchés, des coquillages, des squelettes, des carapaces, des herbiers, des fossiles ou des œuvres d’art. Ils avaient la particularité d’avoir une démarche scientifique mêlée aux croyances populaires de l’époque.
Reprenant cette idée, le Cabinet de curiosités contemporaines imaginé par Scenocosme questionne l’imaginaire scientifique d’aujourd’hui.
Entre réalité et fiction, il s’agit d’explorer notre relation avec le vivant aujourd’hui, qu’il soit visible ou invisible. Composé d’installations physiques et interactives, mais aussi de photos, de vidéos, de textes et de dessins, ce cabinet de curiosités propose de mettre en scène le carnet d’un voyage exotique effectué dans l’enceinte même de notre environnement de tous les jours. On pourra ainsi y croiser de nouvelles espèces microscopiques engendrées par l’industrialisation et l’urbanisation, des plantes douées de langage, et d’étranges graines de maïs…  »

Suivent deux adresses : http://www.spheraleas.com et http://www.scenocosme.com.

Bon, je vais voir. Sphereales d’abord, une sphère de 2.5m de diamètre, sur laquelle sont projetées des formes diverses brillantes, et des lumières, et mises en relation avec des sons qu’on dirait sortis de l’espaaaaace. Une sorte d’expérience des sens new age que je ne goûte pas et que j’ésite appeler art. Mais bon, il y en a des qui aiment. Je ne suis pas critique d’art après tout. Je trouve ça très ressassé, avec un son déplorable et synthétique, on se croirait revenu dans l’expérience de métempsychose de 2001 : A space Odyssey. Retrouver l’enfant qui est en soi ? J’aime bien l’adulte que je suis devenu, malgré tout.

Je me méfie donc en allant sur le site de scenocosme. Là, je trouve la page consacrée au fameux « Cabinet de curiosités« . Et … ça ne me dit rien, tout pareil, j’ai pas envie dy aller. Pourquoi ? Peut être parce que l’approche m’énerve au plus haut point.

L’idée initiale du Cabinet de Curiosités « … particularité d’avoir une démarche scientifique mêlée aux croyances populaires de l’époque. » me semble fausse. C’était une démarche vulgarisatrice, mais particulière, dans la mesure où les scientifiques étaient isolés de toute structure, et qu’ils devaient seuls faire savoir leurs travaux, ceux des autres, et permettre un terrain propice à l’acceptation des résultats scientifiques. Le fait que la perception sociale des sciences ait été liée à un imaginaire ne signifie en rien que les cabinets de curiosités mélangeaient démarche scientifique et croyance populaire !! Quand on montrait les effets de l’électricité statique par exmple, on prouvait qu’elle n’était pas forcément dangereuse.

Mais, comme toute vulgarisation artificielle, un très bon mot que je vole à un ami qui me l’a soufflé hier, le fait de vouloir apporter des résultats scientifiques à un public renvoie à des résultats particuliers. Si l’oeuf est un oeuf, ce n’en est plus un dès qu’il est émulsionné dans la mayonnaise. Mais la mayonnaise est tout aussi intéressante que l’oeuf. Vous suivez ma métaphore ? La connaissance scientifique, dès qu’elle est « apportée » au « grand public », n’est plus une connaissance scientifique, mais une possible application à ma vie, et une réponse possible aux quatre grandes questions que je me pose : Quand vais-je mourir ? D’où viens-je ? Suis-je aussi petit que je le pense ? J’en oublie une mais ce n’est pas grave. Ainsi, si on m’apporte un savoir scientifique, je l’instrumentalise, et tout cela est bien normal.

Et les scientifiques amateurs du XVIIème et XVIIIème siècle ont vécu cela : en proposant des cabinets de curiosités, ils apportaient des nouveaux fantasmes à l’homme.

Lorsque des artistes qui font du bruit avec des casserolles numériques utilisent des savoirs scientifiques, ils retraitent forcément le savoir : il est déjà mis en question. Et c’est cette question qu’on nous propose.

Alors, qu’est-ce que tout cela a à voir avec les Cabinets de curiosités ?