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Le 17 août 2010 par "Diderot en verres miroirs"

Révolution copernicienne

D

ans l’édition papier Telerama de la semaine du 5 au 11 juin, la chronique Vu! de François Gorin fait état d’une véritable « révolution copernicienne » en parlant des tests ADN. Bigre !! Ce chroniqueur n’y va pas de main morte. Il commente l’inhumation de Copernic pour la deuxième fois, dont on a pu, grâce à un crane, une dent et quelques cheveux, vérifier son apparence physique (par modélisation informatique et comparaison avec ses portraits) et de son appartenance génétique (par la comparaison de l’ADN des cheveux avec celui d’une dent retrouvée sur le cadavre). Et, par amalgame, une technique que vous retrouvez parfois dans les lignes de ce blog, il télescope Copernic avec un condamné à mort américain qui sera peut être innocenté grâce à un test ADN.

Ces deux prodiges de la science font comparer François Gorin les tests ADN à une révolution copernicienne. Ca fait quinze jours que j’ai lu cet article : pourquoi me trottine t’il dans la tête ? Y a t’il un sourire béat sur le visage de ce chroniqueur ? Apparemment non ! Bien que moins incisif, plus positif que ses prédécesseurs à la chronique de dernière page de Telerama, François Gorin peut être amène parfois. Est-ce l’idée d’une nouvelle révolution copernicienne, qui est associée dans cet amalgame à une technique plutôt qu’à une conception scientifique qui me dérange ?

Le simple fait de résumer un homme par son ADN me file de l’urticaire. Je sais que les têtes pensantes de la génétique eux-mêmes ne franchiraient pas ce rubicon là. Même Axel Kahn a remisé cette idée positiviste dès lors qu’il est entré dans les comités d’étique. Mais c’est l’idée selon laquelle il est possible de réduire l’homme à ses gènes qui a aujourd’hui le vent en poupe : le projet Human genome qui visait à décortiquer entièrement le matériel génétique humain pour le caractériser, feuilletons d’experts qui demandent à tout bout de champ une analyse ADN, caractérisation des organismes génétiquement modifiés (à cause de l’ADN, of course), la peur du clonage (50 x moi), autant de fantasmes pour gogos.

Il n’empêche, c’est l’ADN qui, qu’on le veuille ou non, définit le vivant. Qui permet de montrer à la fois sa généralité (ce qui est vivant contient forcément du matériel génétique), et la spécificité de chaque organisme (je peux être identifié par mon ADN unique). Et c’est ainsi qu’on a pu déterminer qui était Copernic. En soi, c’est absolument inintéressant !  Mais les réactions que cela suscite sont pour le moins étonnantes. Maintenant, on peut voir, et savoir où est enterré Copernic, le père de la révolution conceptuelle qui a changé le monde.

De là à définir la découverte de l’ADN comme une véritable révolution … Je reste sceptique. Est-ce que cette « nouvelle » définition du vivant changera notre conception globale de ce qu’est la vie ? Est-ce déjà en train de se produire ? En tout cas, on sent que l’idée de cette révolution scientifique prend ses aises dans l’opinion, dans la société. Ce concept nous imprègne doucement. Et ce sera peut être ainsi que nous donnerons à la définition de la vie par l’ADN cette lettre de noblesse : le droit à devenir une révolution scientifique.

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