Citations

la bataille hadopi

Inventer une nouvelle science ?

Le 26 août 2010 par "Diderot en verres miroirs"

J

‘ai toujours été fasciné par ces individus qui « inventent » dans leur coin, hors contingence communautaire, de nouveaux paradigmes scientifiques. Ces individus hors normes, qui ont des idées qui initialement ne sont pas forcément fausses, se recoupent et se relisent les uns et les autres, font un amalgame des connaissances qu’ils ont pu grappiller ici ou là, possèdent en général un « gourou », et s’expriment sur un sujet très pointu.

C’est le cas de ce drôle de blog. Si le sujet est très sérieux (la possibilité de ne plus avoir besoin du temps dans les représentations scientifiques), la lecture du blog, elle, n’en rend pas compte. En effet, elle prend pour base d’un changement de paradigme un changement dans l’épistémologie elle-même. Jusqu’à preuve du contraire, si on veut changer les sciences, quitte à produire une « révolution scientifique », on ne tend pas les bras au ciel en criant à qui veut l’entendre : « Si nous ne pouvons percevoir cette immense révolution, il nous faudra d’abord changer les sciences. » C’est comme si Moïse disait  » Pour croire que ces tablettes ont été gravées par Dieu, il vous faudra d’abord voir la pierre différemment. » Sans commentaire …

Cependant, cette bande d’irréductibles … (quoi ?), avec en tête un certain monsieur Escaffre, prennent les vrais nouveaux physiciens contemporains pour Giordano Bruno et les autres pour des gardiens conservateurs de la physique, prêts à les flinguer sur place (ouh là !), tentent de faire connaître au monde cette injustice notable en vulgarisant une nouvelle discipline de … je ne sais quoi …, de la physique, de l’épistémologie, le champ lui-même n’est pas très clair.

Voici un des rôles de la vulgarisation « grand public » : se faire connaître quand on n’est rien et qu’on a des prétentions scientifiques. Oui mais voilà, si cette vulgarisation se base sur des impressions vagues, et que tout le monde perçoit ( »Après avoir pris la mesure au tournant du millénaire du fait que toute action était toujours effectuée dans un « présent insaisissable », c’est-à-dire jamais au futur ni au passé, »), sur des pans scientifiques controversiaux (le statut du temps en physique contemporaine), la vulgarisation en elle-même est beaucoup plus floue et fait plutôt penser à l’explication du fonctionnement de la boite à orgone de Wilhem Reich ou de la machine radionique (http://rr0.org/personne/r/ReichWilhelm/). Et on est donc loin de la scientificité.

A ce propos, voici un petit post très savoureux : comment dépolluer les plans d’eau comme ça a déjà été fait à Berlin … http://novusordoseclorum.discutforum.com/medecine-alternative-f18/guerison-d-une-eau-polluee-grace-a-la-radionique-t2635.htm. En attendant, rions un peu de ces peut-être-un-jour-scientifiques-mais-qui-ne-le-sont-point-encore qui oublient encore que leur rôle est de produire des représentations, et pas d’aller chercher la vérité dans la réalité …

Vulgarisation technique et politique énergétique : quel(s) lien(s) ?

Le 09 août 2010 par "Diderot en verres miroirs"

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ans le journal Le Monde daté du 30 juillet 2010 (page 12), on peut lire un article très intéressant sur l’avenir des gaz de schistes (« Les gaz de schistes seront-ils la grande énergie du futur ? »). Comme d’hab, je ne vais pas vous faire un résumé lénifiant de l’article. Tout au plus vous encouragerai-je à consulter quelques liens : http://www.lemonde.fr/cgi-bin/ACHATS/acheter.cgi?offre=ARCHIVES&type_item=ART_ARCH_30J&objet_id=1131246, http://fr.wikipedia.org/wiki/Gaz_naturel et http://www.neb.gc.ca/clf-nsi/rnrgynfmtn/nrgyrprt/ntrlgs/prmrndrstndngshlgs2009/prmrndrstndngshlgs2009nrgbrf-fra.html.

Il apparaît clairement que la stratégie énergétique d’un pays ou d’un ensemble de pays tel l’Europe par exemple définit les choix technologiques, mais également de consommation énergétique. À leur tour, les choix technologiques ne peuvent être induits que par un équilibre coût – réalisabilité – popularité (dont, aujourd’hui, le risque environnemental fait partie). Si c’est réalisable, mais trop cher et salissant, ça ne va pas. Si c’est très propre, mais cher et pas réalisable (ou trop difficilement) non plus. En fait, il y a un couple facilité de mise en œuvre / coût : plus la technologie est « facile », moins elle est chère. Mais la popularité d’un technologie aide à la baisse des coûts : plus on pourra mettre en œuvre de dispositifs techniques, moins le coût à l’unité est élevé, donc moins c’est cher globalement. Et c’est là que les bienfaits de la vulgarisation interviennent … (Lire la suite…)

OPEE : Un bulletin en ligne pour la vulgarisation de l’économie en europe

Le 03 août 2010 par "Diderot en verres miroirs"

Bulletin de l'observatoire des politiques économiques en europeL

a vulgarisation faite par des scientifiques est en général assez casse-gueule, on le sait bien. Casse-gueule d’un point de vue stylistique bien sur, dans un premier temps : même s’ils ont le sentiment d’avoir une écriture plus simple que lorsqu’ils rédigent pour des revues scientifiques spécialisées, ils n’arrivent pas ou avec difficulté à décrire simplement leur savoir. Ils ne possèdent pas le matériel stylistique qui leur permettrait de mieux faire comprendre les connaissances qu’ils sont en train de construire. Si on ajoute à cela une mauvaise évaluation des publics auxquels les scientifiques s’adressent, et un graphisme peu attirant, on arrive à un avis négatif : les chercheurs devraient chercher, et les vulgarisateurs vulgariser !!

Pourtant, les chercheurs n’arrivent pas à se défaire d’un sentiment d’impuissance : les vulgarisateurs ne comprennent rien à rien au champ scientifique qui est le leur. En simplifiant, les non-spécialistes dénaturent. En manquant de connaissances spécifiques, ils produisent du non-sens. Une jolie coquille, qui se fait passer pour de la science, mais vide, qui ne reflète en rien le savoir construit. Face à cette situation, et pour que l’état des découvertes soit transmis effectivement, les scientifiques prennent leurs plumes et leurs MacIntosh, et tentent de réussir – sans succès – ce que les vulgarisateurs ne font pas mieux. (Lire la suite…)

Le bestiaire et le journaliste

Le 02 août 2010 par "Diderot en verres miroirs"

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C

ela fait quelques mois que, suite à la critique qu’en à fait Ariel Wisman à l’émission « Edition Spéciale » sur Canal+, je voulais lire ce fameux Portraits d’animaux de Marc Kravetz. Les vacances sont propices à ce genre d’activités : perdu dans la nature au pied du Larzac, sous les cigales et les grillons méditerranéens, alors que le soleil plombe et qu’il ne reste rien d’autre à faire, voici une saine occupation :

  1. Lire le livre (et boire)
  2. Retrouver la chronique hilarante d’Ariel (l’imaginaire poulpesque aura encore de beaux restes pendant longtemps (et boire))
  3. Trouver un angle pour présenter le livre (et boire)
  4. Ecrire (et boire)

MC_50_HistoiresEn fait, de nombreuses chroniques et blogs parlent en bien de ce petit livre d’environ 200 pages. Il existe un vrai engouement. Il faut dire que le style est alerte, la prose jolie, les histoires d’animaux intéressantes et parlantes. Ariel citait l’histoire des poulpes amoureux, je préfèrerais presque celle du singe Santino, volant  toutes les qualités qui font des humains, les gars les plus mieux sur cette planète, ceux-là mêmes qui lui voleront ces qualités par castration. Ou bien de l’équilibre très précaire entre la fourmi, la girafe et la plante, qu’un point de vue naturaliste un peu trop gentillet pourrait détruire … D’un certain point de vue, ces chroniques (diffusées entre 2008 et 2009 sur France Culture) ne vont pas sans me rappeler un des premiers billets de votre serviteur (Se souvenir de Washoe).

Cette façon de parler des animaux correspond bien à une époque qui admet de plus en plus la place de l’homme comme une espèce parmi tant d’autres sur cette planète : fini le temps de la position dominante et supérieure à cause de notre intelligence. Mieux, cette position qu’on imaginait dominante (pourquoi en avons nous tant besoin ?) est mise à mal par une propension à l’auto dénigrement humain : serions-nous les plus intelligents de la planète, nous aurions alors la responsabilité de l’ensemble de la planète que nous devrions faire prospérer plutôt que détruire. La culpabilité judéo-chrétienne semble bien avoir changé de camp, mais elle empêche toujours autant de penser les choses.

Il n’empêche, cette approche très journalistique de la vie des animaux, de leurs déboires et de leurs aventures ethnologiques est une des plus agréables qu’il m’ait été donné de lire, et donne une sévère mais juste leçon de journalisme scientifique. Marc Kravetz cite ses sources, toutes les sources, sérieuses, et le moins qu’on puisse dire est qu’elles sont variées (journaux scientifiques à referees, organismes de presse tels Reuters, journaux internationaux, et enfin presse locale). Bien agencées, ces sources permettent d’obtenir une vue kaléidoscopique de la même histoire, à la fois anecdotique et importante, humaine et animale, scientifique et politique enfin.

Et c’est bien là la gageure réussie de ce livre : arriver à inclure dans notre patrimoine culturel celui des sciences, plus particulièrement celui des ethologues, des systématiciens, des paléologues, et d’autres habituellement boudés -logues, à faire du savoir qu’ils construisent non pas le notre , mais à le transformer en notre culture. Chapeau.

La réponse dans la question

Le 19 juillet 2010 par "Diderot en verres miroirs"

Philosophie Magazine - Juin 2010

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ans le numéro de juin de Philosophie magazine (saine lecture de vacances), on trouve en page 10 deux petites brèves qui, mises l’une à coté de l’autre, montrent l’importance du paradigme initial d’une science sur le résultat d’une expérience.

Voici le texte in extenso de la première d’entre elles. « La moralité du nourisson. Nous naissons amoraux. Pour Freud et Piaget, l’affaire était entendue. Faux, affirme Paul Bloom, professeur de psychologie cognitive à l’Université de Yale (Connecticut). Selon ses expériences, les petits hommes naissent avec un sens moral rudimentaire dont la culture permet le développement. »

Lorsqu’on travaille en psychologie cognitive, le point central de toute recherche est l’apprentissage, sous toutes ses formes et dans toutes ses dimensions. La notion de comportement est essentielle, et l’objet est la découverte des stratégies comportementales et cognitives qui permettent à un individu de vivre, c’est à dire de se construire, d’évoluer, de changer ou au contraire de rester immobile, etc. L’apprentissage est forcément le facteur fondamental d’une évolution. La question posée initialement devait donc être : sommes-nous des êtres moraux, ou apprenons-nous à l’être (le devenir) ? Que l’apport scientifique de Paul Bloom soit vrai ou faux, il n’en demeure pas moins qu’il ait intérêt à ce que la morale soit préexistente de façon embryonnaire chez le nouveau né, car alors, l’évolution morale de l’individu grandissant est plus facile à évaluer. Sinon, il aurait fallu comprendre comment il apprend cette morale. Or, la définition de cette dernière est d’un ordre beaucoup plus philosophique que comportementaliste, et il y aurait eu un frein méthodologique à l’évolution de son concept. Bref, au vu de la discipline, le résultat n’est pas étonnant.

Voici le texte de la seconde : « T’as pas bonne mine. Une intéressante expérience de Mark Schaller, psychologue de l’Université de British Columbia (Canada), indique que lorsque l’on montre des images de patients souffrant d’urticaires ou de boutons, ceux qui les voient ont leur système immunitaire renforcé (production d’interleukine-6 en hausese de 23%). Selon le chercheur, le cerveau signale au corps qu’avec toutes ces maladies au dehors, il faut mieux se renforcer dedans. »

Là, c’est apparemment l’inverse qui se produit : il est en effet communément admis que le corps et le cerveau doivent être séparés, ou tout au moins l’intellect et l’affect d’une part, et le fonctionnement physiologique de l’autre. Ce status quo ne devrait normalement pas être remis en question, car alors, l’apparition des maladies pourrait être induite ou tout au moins favorisée par l’état psychologique de la personne. D’un point de vue de science dure, la personne elle-même ne peut agir sur sa propre maladie. Si elle le fait, c’est un miracle. Le psychologue met en place un protocole expérimental simple et, grâce à lui, met en évidence que les choses ne sont pas si simples. 1/0 pour les psys.

L’opinion générale prône l’inverse de ce que propose l’expérience ( »Va pas voir les malades, tu vas le devenir toi-même »). La doxa n’est d’accord ni avec les immunologistes ou biologistes de tout poil, ni avec les psys.

Quant au psychologue, en s’intéressant à des thématiques habituellement tenues par des savoirs constitués (la physiologie et l’immunologie, voire la neuro-immunologie), d’en prendre un peu l’aura et, de ce fait, de doucement en prendre le chemin. Dans cette situation, il faudra s’attendre à ce que des détails expérimentaux soient mis en cause : par exemple, est-ce que le taux d’interleukine-6 sanguine est vraiment révélateur de l’état immun de la personne ? Quoi qu’il en soit, des photos ont un effet sur le système endocrino-immunologique de la personne, ce qui n’est pas forcément nouveau, mais qui renforce le besoin de changer le paradigme biologique. Et nul doute que les pschologues doivent prendre part à cette controverse.

Quoiqu’il en soit, ces deux nouvelles assertions dans le champ du savoir (et, à mon avis, la seconde surtout) méritent d’être suivies.

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