Citations

la bataille hadopi

Les étudiants sont-ils si crétins ?

Le 06 octobre 2010 par "Diderot en verres miroirs"

U

ne nouvelle de ce matin diffusée sur France Inter (relayée initialement par le Courier Picard), interviews à la clef, me confond. Je vais désormais parler des gens qui ne s’intéressent pas aux informations scientifiques alors qu’ils pourraient en avoir besoin. Ce sont pour moi des crétins … Voilà l’histoire : il y a à Amiens une personne atteinte par mois par la tuberculose. Cet été, selon le Courier Picard, il y a eu effectivement un cas avéré de tuberculose, ce qui a conduit à la mise en place d’un dépistage préventif à l’IUT à la rentrée pour près de 180 étudiants.

En soi, cela n’a rien de normal, et ne devrait pas mettre la panique dans les rangs. La tuberculose est une maladie aujourd’hui soignée et, si elle tue plus de deux millions de cas dans le monde, c’est souvent par manque de soin et de prévention justement. Donc, la prévention devrait rassurer. Or, au contraire, elle fait peur.

Car voilà bien le truc : interviewés à la sortie de leur salle de classe, les étudiants de GEA de l’IUT d’Amiens ont fait part au journaliste de leur crainte d’être infectés, car la tuberculose fait peur (y compris une fille de médecin !). Alors que, ce qui devrait faire peur dans ce cas là, c’est précisément l’absence de prévention, ou le désengagement du Conseil Général ou de la Région, ou encore de l’Etat. C’est précisément parce qu’il y a prévention qu’on devrait être rassuré.

Des étudiants qui ont internet, wikipedia, ou d’autres sources dont celles du site de l’Université d’Amiens expliquant leur politique de prévention sont sensés être informés. Mais on a oublié, en leur fournissant les clefs de cet outil d’information, d’être « proactifs » et de s’en servir. A croire qu’ils préfèrent avoir peur.

GEA, ça veut dire Gestion des Entreprises et des Administrations. J’imagine qu’on doit avoir une partie Gestion des ressources humaines dans ce diplôme. La prévention d’une maladie est un cas intéressant de gestion des risques humains dans une entreprise. est-ce qu’ils en parlent comme d’une opportunité d’apprendre ? Que nenni !! Ils ont juste peur !! Ca ne laisse présager que du mauvais pour les entreprises dans lesquelles ils travailleront dans le futur, s’ils paniquent en face d’un CHSCT (Le comité d’hygiène, de sécurité et des conditions de travail) intelligent et responsable.

Et puis, quid des enseignants ? Sont-ils immunisés naturellement contre la tuberculose ? Une prévention a t’elle été faite ? La médecine du travail, différente de celle des étudiants, a t’elle fait son travail ? Une question qu’on aimerait poser aux journalistes ne faisant pas le leur, celui d’informer.

OPEE : Un bulletin en ligne pour la vulgarisation de l’économie en europe

Le 03 août 2010 par "Diderot en verres miroirs"

Bulletin de l'observatoire des politiques économiques en europeL

a vulgarisation faite par des scientifiques est en général assez casse-gueule, on le sait bien. Casse-gueule d’un point de vue stylistique bien sur, dans un premier temps : même s’ils ont le sentiment d’avoir une écriture plus simple que lorsqu’ils rédigent pour des revues scientifiques spécialisées, ils n’arrivent pas ou avec difficulté à décrire simplement leur savoir. Ils ne possèdent pas le matériel stylistique qui leur permettrait de mieux faire comprendre les connaissances qu’ils sont en train de construire. Si on ajoute à cela une mauvaise évaluation des publics auxquels les scientifiques s’adressent, et un graphisme peu attirant, on arrive à un avis négatif : les chercheurs devraient chercher, et les vulgarisateurs vulgariser !!

Pourtant, les chercheurs n’arrivent pas à se défaire d’un sentiment d’impuissance : les vulgarisateurs ne comprennent rien à rien au champ scientifique qui est le leur. En simplifiant, les non-spécialistes dénaturent. En manquant de connaissances spécifiques, ils produisent du non-sens. Une jolie coquille, qui se fait passer pour de la science, mais vide, qui ne reflète en rien le savoir construit. Face à cette situation, et pour que l’état des découvertes soit transmis effectivement, les scientifiques prennent leurs plumes et leurs MacIntosh, et tentent de réussir – sans succès – ce que les vulgarisateurs ne font pas mieux. (Lire la suite…)

Glissement de Savoir(s) : une mauvaise pente

Le 04 juillet 2010 par "Diderot en verres miroirs"

« L

’année universitaire se termine. A-t-elle été plus sereine que la précédente ? En tout cas, elle a été plus travailleuse et plus constructive, grimpant les marches de l’autonomie pas à pas. Les craintes et les frustrations engendrées par la fusion des trois anciennes universités s’effacent, dans un mouvement encore timide mais chaque jour plus assuré, devant de nouvelles perspectives. Car l’essentiel est là. Loin d’être une simple synergie gestionnaire, la fusion qui a conduit à la naissance d’une grande Université de Strasbourg, doit permettre la rencontre des différents savoirs que notre nouvelle maison abrite[...] »

Tels sont les premiers mots de notre éditorialiste préféré Philippe Breton, surfant sur les vagues de la rhétorique intitutionnelle d’une unification « marche en avant » qui n’apportera que des bienfaits. Le styles est proche des Hauteurs Béantes de Zinoviev, et le positivisme exacerbé est bien loin des réalités de terrain, qui sont reportés par les salariés de l’Université. Protocoles envahissants, destruction massive de l’autonomie, la plus petite possible, de chacune des composantes, des facultés des UFR. La Nouvelle Université Autonome marche maintenant unie vers un futur radieux. Les voix critiques (et il n’y a à peu presque ça, dès qu’on sort du discours officiel), ne sont pas relayées, pas entendues, ni supportées. Le fonctionnement habituel individualiste des UFRs empêche l’expression forte d’une opposition à l’équipe Beretz (l’actuel président). La réalité, c’est que la réforme est une fuite en avant pour tenter de corriger, l’une après l’autre, les erreurs commises : évidemment, passe-droits et autres négociations pour tenter d’arrondir les angles font florès.

Bref, contrairement à ce que dit Breton dans son éditorial, rien ne va moins bien qu’en ce moment, et le pas en avant est un pas de fuite. Il faut juste trouver des arguments, la transdisciplinarité en est un des nombreux exemples, pour tenter de faire rêver. Le choix du thème du désir dans le dossier central est-il, dans ces circonstances, un hasard ?

Et, au fait : Savoir(s) est désormais payant (1,5 euro, très symbolique). Il coûte cher, il y a une politique papier pas forcément maline, c’est peut être intelligent. Mais, là dessus, le comité de rédaction ne s’exprime pas. On aurait aimé en savoir plus … Et, la seule alternative est pour l’instant le téléchargement du magazine : pas de site Internet de type journal (alors que d’autres instances de l’Université de Strsbourg beaucoup moins prestigieuses comme l’Observatoire des Politiques Economiques en Europe par exemple, ont mis en place un bulletin en ligne ; à noyter, ce bulletin de reçoit aucune subvention de l’Université), pas de support numérique intelligent, pas de possibilité de flux de syndication etc. On voudrait tuer ce magazine, on ne s’y prendrait pas autrement.

Mort annoncée

Le 11 avril 2010 par "Diderot en verres miroirs"

B

on, alors voilà, lors du précédent post sur savoir(s) (janvier 2010), j’avais annoncé la mort de l’esprit de ce magazine, en commentant l’édito de Philippe Breton. J’ai reçu la mouture d’avril 2010 cette semaine comme beaucoup de strasbourgeois, alors que j’étais parti « hors réseau », et l’ai lu dès mon retour (vous pensez bien). A pleurer, comme je l’avais prévu. Et ce ne sont pas les journalistes plus anciens (historiques dirais-je) qui sont à mettre en cause. Ni non plus les « nouveaux » qui devraient apporter un sang nouveau, mais qui, contraints par un cadre institutionnel trop serré, ne peuvent exprimer leur talent. D’ailleurs, Il ne faudra pas trop s’attendre de ma part que je sois trop sympa, ni pour les anciens, ni pour les nouveaux : après tout, pisser dans de la merde, ça ne fait rien d’autre qu’un cocktail malodorant, combien même on aurait une bonne opinion de son talent propre.

Non, j’annonce la mort d’un magazine au sens strict du terme, à cause des choix faits. Et encore une fois, c’est l’édito, par sa médiocre qualité, qui nous montre la croix, la stelle et la qualité du marbre. Il propose un mélange harmonieux et équilibré de savoir(s), mais aussi de nouvelles institutionnelles, sans aucune pensée de ce que peut représenter un tel mélange, mis à part qu’il existe. Il faudrait à la fois présenter les travaux engagés par l’Université de Strasbourg, suite à sa création, et commenter les problèmes rencontrés. Comme dans toute rhétorique de ce genre, on retrouve des termes comme « nous commençons à peine à mesurer l’ampleur des transformations » ou « il était indispensable que l’Université se dote des outils qui accompagnent ce changement majeur » : communicationnels donc.

Mais nous, on s’en fout de ça !! Si l’Université a besoin de se doter d’outils, qu’elle se les crée et qu’elle se les pense !!! Quelle n’utilise pas un organe de presse qui a mis si longtemps à créer son identité propre et unique, à réfléchir sur de nouveaux modes d’expression des sciences, à la fois critiques et distanciés, sortant des outils habituels de services de communication et de soupe. Désolé Breton, mais moi, ce genre de destruction en règle, ça me fait gerber. Piétiner le travail d’autres, pour une logique institutionnelle bétasse, qui consiste à se doter de moyens pourris, éculés, et surtout qui, encore une fois, séparent la communication du sens qu’elle est supposée porter, voici qui ne me met pas en colère : ça me dit de créer  un nouveau Savoir(s). Et vous ?

Je reviendrai dans d’autres posts à cette disruption entre sens et communication et sens dans Savoir(s). Dans un exemple à propos d’un des auteurs, non cité, et qui a été censuré par Philippe Breton. Dans un autre à propos de l’accolage malheureux d’un billet de Jean-Marc Levi-Leblond et d’un article sur l’innovation dans le même journal. Pauvre Jean-Marc …

Savoir(s) Janvier 2010

Le 04 janvier 2010 par "Diderot en verres miroirs"

J

‘en ai déjà parlé dans un précédent post : le magazine Savoir(s) est une chouette lecture. Dans la nouvelle mouture de janvier 2010, on trouve de nombreuses choses : par exemple, un très bon dossier « sport et compétition », le sport vu par des scientifiques. Un regard somme toute très critique sur les fameuses vertus du sport, compétition et santé en tête. En sciences sociales du sport, ça cogite sec ! Nous sentons tous que, face à ce spectacle permanent, ces valeurs véhiculées, se cache une autre réalité plus sombre.

Un article dédié sur les OGM détruits à Colmar en septembre dernier, sur les rebondissements politiques, mais aussi sur la possibilité d’un travail commun entre scientifiques et société civile nous permet de voir quelles orientations les laboratoires de recherche peuvent prendre pour être actifs dans la société. L’acte de recherche, au delà de son aspect purement scientifique, doit aussi passer par une acceptation sociale. De nouvelles stratégies voient le jour, et celle ci est à saluer parce qu’elle ne prend pas les gens pour des imbéciles.

Au rayon Science et Démocratie toujours, une analyse (très) critique sur les expériences genre démocratie participative dans le domaine des sciences. L’auteur, Frédéric Naudon (encore lui), rêve apparemment d’une démocratie moins tape à l’oeil et plus efficace. A recommander.

« Les fées de l’accueil » est un article bienvenu : en cette période troublée pour l’Université, voici des femmes qui doivent s’en prendre plein les mirettes, en première ligne de la désinformation et d’un bordel ambiant. Merci à Agnès Villanueva de nous rappeler constamment que l’université, ce sont aussi toutes ces petites mains qui font tourner la baraque, elle qui ne veut absolument pas tourner rond, précisément.

On avait pris l’habitude de cette forme éditoriale qui, l’air de rien, touchait à toutes les formes de ce que peut représenter la culture scientifique, loin de toute publicité facile des labos et des systèmes de valorisation. On peut parler de sciences de façon accessible autrement qu’en parlant à ses lecteurs comme à des demeurés, sans assommer de monceaux de détails techniques et/ou inutiles, sans avoir un point de vue forcément institutionnel, la voix de son maître, mais je crois en avoir déjà parlé). Savoir(s) représente cette liberté. Et l’Université peut s’enorgueillir d’avoir créé un tel média, finalement unique, cohérent, nécessaire.

Par exemple, le dossier concernant le sport va jusqu’à critiquer, en creux, la volonté de son président qui a institué une nouvelle mission « Sport à l’Université », dont les objets sont de « permettre aux étudiants de s’inscrire aux différentes compétitions nationales universitaires sous la bannière de l’Université de Strasbourg [et d']offrir aux personnels la possibilité de prendre part à différentes manifestations sportives aux couleurs de l’université, ainsi que de développer la pratique sportive et l’esprit compétitif en équipe en organisant différents événements marquants tout au long de l’année universitaire. » Une forme de sport universitaire à l’américaine, dont les valeurs de compétition, de santé, etc., défendues la plupart du temps quand on parle d’activité sportive, sont justement à remettre en question …

Est-ce que Savoir(s) va durer ? L’éditorial me fait douter. On y apprend que Eric Heilmann, ancien redac’chef, s’en va vers d’autres aventures, et qu’il est remplacé par Philippe Breton, qui change aussi de titre passant à directeur éditorial. Une petite recherche révèle que le second fut en son temps directeur de thèse du premier. Son sujet principal, les techniques et l’histoire de l’argumentation (notamment politique, qu’il me contredise si je me trompe), et sa nouvelle mission à l’Université de Strasbourg ( »Vie démocratique ») en faisaient l’homme providentiel : je m’attendais qu’il reprenne l’objet en le faisant évoluer vers moins d’institutionnel, plus d’expérimentation et de liberté dans le champ de la parole scientifique. Hélas !!

Mais c’est la novlangue avec laquelle est écrite l’éditorial qui laisse surtout pantois. Il n’y a rien, mis à part qu’il faut faire « évoluer », « affiner » un média dédié à une véritable « cité du savoir » c’est à dire que le savoir est dans l’université et pas ailleurs. Nous verrons dans le prochain numéro l’orientation que prendra Savoir(s), mais il faut s’attendre à pleurer un journal qu’on aimait bien.

http://www.unistra.fr/uploads/media/savoirs1001.pdf et http://www.unistra.fr/index.php?id=1180

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