Citations

la bataille hadopi

Marion Montaigne

Le 11 mai 2010 par "Diderot en verres miroirs"

A

lors là, n’oubliez pas ce nom  !! Un camarade m’a envoyé ce lien (http://tumourrasmoinsbete.blogspot.com/2010_04_01_archive.html), et je suis tombé raide de ce type de dessin : des histoires, de l’humour, presque Reiser parfois (ça pourrait être plus trash, mais ne boudons pas notre plaisir), d’autant que le dessin crade le laisse imaginer (de très loin), et de la science.

Alors, vous savez bien que, le plus souvent, je crache sur les expériences malheureuses et futiles, que la science c’est pas pour les abrutis quand même, que pour la raconter, il faut un peu plus d’intelligence que ça. Et là, je me rends compte que c’est très différent pour une seule raison : Marion Montaigne sait raconter une histoire. Et là, ça change tout !! La recherche sur le VIH, elle se l’approprie. Elle cherche à le dessiner. Elle se met en scène. Elle dit les choses parfois très techniques et en fait de l’humour (le coup du verre securit et le thésard qui dit « laissez moi finir ma thèse … miam, j’ai vécu ça). Et en plus, elle explique comment on tente de créer un vaccin contre le vih, pourquoi c’est pas facile, ya du contenu.

Si certains strips sont moins bien que d’autres, la plupart reste néanmoins d’excellent facture.

Ah : enfin une critique ou j’ai pu dire du bien de quelqu’un !! Et bien, vous savez quoi ? Ca fait du bien à moi aussi.

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Le dogme contre la controverse

Le 25 avril 2010 par "Diderot en verres miroirs"

L

a tête au carré, célèbre émission de vulgarisation scientifique sur France Inter, avait lieu vendredi dernier (23 avril 2010) avait lieu au Futuroscope de Poitiers, qui héberge actuellement une exposition Science et Art. Chacun qui lit mon blog habituellement, sait mon aversion pour ce genre de thématique, cette acculturation scientifique par la proximité avec d’autres disciplines, ici l’Art. Chaque scientifique stimule bien évidemment son imaginaire par sa socialité, ses autres contacts avec le monde extérieur, ses goûts. Et il est tout aussi évident que les artistes peuvent voir dans les représentations scientifiques des pistes de création. Ce rapprochement entre l’Art et la Science a tout d’une pratique artificielle, et ne rend compte que de lieux communs et d’approximations. Bref, passons !!

Par contre, une prise de parole m’a attiré l’oreille bien plus que toutes ces comparaisons de représentations scientifiques avec des images d’art. Un des invités, Lionel Simonneau, à la fois chercheur en neurosciences et en didactique des sciences, nous offre une vision étonnante du dogme scientifique : ce dernier est très puissant, mais il empêche le chercheur d’avancer, dès lors que de nouvelles découvertes se produisent. Les controverses se produisent donc forcément contre ces dogmes.

Autrement dit, le dogme se trompe, et comme toutes les sciences évoluent forcément, parfois dans le sang (voire dans la révolution voir Kuhn pour plus de réflexions), le dogme est forcément faux, puisque c’est contre lui que de nouvelles interprétations apparaissent.

Tiens tiens … Un gars en didactique des sciences dit cela. Mais à quoi peut-bien servir ce dogme ? A précisément permettre de travailler contre lui ? Pourquoi pas, mais le dogme est quelque chose de quasi religieux. Lionel Simonneau cite en exemple dans cette interview pas très bien menée le dogme du capital fixe et définitif des cellules nerveuses à l’âge adulte, dogme qui est battu en brèche actuellement (depuis un bon nombre d’années en fait, il faut bien le dire), notamment par la découverte de cellules souches somatiques dans certaines zones du cerveau.Et, de fait, j’ai appris durant mes années de physiologie humaine ce dogme. Cette fixité religieuse qui permet à une vérité scientifique de s’imposer dans un programme d’apprentissage.

Et peut être le rôle du dogme est il précisément de pouvoir affirmer aux yeux du jeune apprenti, écolier, étudiant, que la réalité scientifique est vraie, qu’elle ne supporte aucune contradiction : les programmes scolaires dénient aux disciplines enseignées le droit de pouvoir être des représentations qui doivent pouvoir évoluer, et que c’est le rôle des scientifiques de le faire évoluer, transformer, parfois dans le sang. Un scientifique qui aura grandi, changé, et se sera débarrassé des dogmes, lui aussi …

Une petite remarque : cette photo de cellules souches somatiques n’est pas venue ici par hasard !! Bien au contraire : c’est parce une ou plusieurs personnes recherchaient ces cellules, une représentation différente de la plasticité et de la vie du cerveau, que ces images ont pu être produites. Elles n’étaient pas là par hasard, mais avaient pour but (c’est à dire pour les scientifiques qui les ont produit) de créer la polémique.

Et encore une dernière remarque pour la route : rien de tel de LA photo la plus parlante possible pour « dire » ce fait, l’exposer aux yeux de tous, lui donner l’existence d’une nouvelle vérité : le capital nerveux du cerveau n’est pas immuable. Il s’agit de trouver le support de médiation le plus fort possible. Pour qui savait lire l’image, le monde changeait : une arme redoutable. C’est là que les chercheurs voient dans leur métier des liens avec le travail artistique : changer la représentation du monde. Pour qui croit que c’est également la fonction de l’Art, pourquoi pas … Mais ce n’est pas mon cas.

[wpaudio url="/wp-content/uploads/2010/audio/LTAC_23042010.mp3" text="La tête au carré - 23 avril 2010" dl="0"]

Les sociologues des sciences à la télé

Le 10 décembre 2009 par "Diderot en verres miroirs"

L’

émission de Frédéric Taddei « Ce soir où jamais! » est régulièrement au centre de mes interrogations. D’abord parce que c’est l’heure à laquelle je regarde la télé, et ensuite parce que l’émission d’hier soir était particulièrement intéressante, pas uniquement parce que ça parlait de science, mais également à cause de la perception des scientifiques de la place sociale des sciences. Le sujet en était : Science : fait on encore des découvertes ?

Combien de fois avons-nous pu entendre comme ont pu nous le dire Catherine Bréchignac, Claudie Haigneré ou François de Closets : « Le public qui regarde l’émission ne doit pas comprendre beaucoup de choses à ce que nous racontons » en oubliant que c’est pas n’importe qui qui regarde « Ce soir ou jamais ». J’ai bien peur que ça ait été compréhensible par n’importe quelle personne installée et attentive devant son écran. D’ailleurs, Frédéric Taddei a compris le sujet et a bien mené un débat difficile, preuve qu’un journaliste pouvait s’accrocher, alors pourquoi pas vous et moi ?

C’était assez drôle, car tout le monde était d’accord (peut-être mis à part François de Closets et Claudie Haigneré qui ne donnait pas l’impression de tout comprendre, mais qu’elle m’en excuse si je me trompe). Le désaccord entre deux les deux clans de ces personnalités était de savoir de quoi on parlait quand on parlait de science ! De la socialité des sciences, des chercheurs, ou bien des découvertes et de leur merveilleux ? Comme l’expliquait Catherine Bréchignac, présidente du CNRS, la science n’est pas la sociologie des chercheurs. Vous l’aurez compris, ce blog ne défend pas cette hypothèse : la science, c’est AUSSI la socialité des chercheurs.

Pour le reste, ce débat était passionnant, beaucoup de choses ont été dites concernant la recherche et les sciences. Je vous en conseille la vision. Et puis, ça change de voir des choses acceptables dites sur les sciences à la télé aujourd’hui.

Pour une fois, le mot de la fin fut à la mesure de mes attentes : après une explication dithyrambique de Claudie Haigneré que la science devrait encore pouvoir faire rêver, et que la science fiction devrait en être le vecteur, l’auteur de science fiction présent sur le plateau (Serge Lehman) lui répondait … Je vous laisse écouter la suite !! [wpaudio url="http://scienceblog.free.fr/wp-content/uploads/2009/12/csoj091209.mp3" text="Ce soir où jamais" dl="1"]

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Belle de jour et anthropologue

Le 06 décembre 2009 par "Diderot en verres miroirs"

Ç

a a fait scandale en Angleterre : une chercheuse se prostitue pour gagner de l’argent et continuer son sacerdoce. Elle devient son propre sujet d’étude. Elle est interviewée dans le Guardian et raconte sa double vie aussi dans son blog. Bon, faut bien le dire, elle profite du buzz actuellement, car elle a également publié un livre de conseils : « Belle de jour’s guide to men« .

A la lecture de son blog, son travail ressemble aussi à de l’anthropologie. Elle change son sujet d’étude, mais pas son cerveau de chercheuse. La bonne ou mauvaise qualité de l’étude (je ne suis pas spécialiste du domaine), ou son sujet n’enlèvent rien à la méthodologie (et ces commentaires n’ont aucune espèce d’ironie ou de cynisme). On peut lire ici ou là que c’est un objet de scandale, une chercheuse qui parle de sa « vie nocturne ». Dans un billet de Tom Roud grâce à qui j’ai eu connaissance de cette histoire (merci Tom), on peut lire : « mais lorsque même des doctorants/docteurs se prostituent pour l’argent, peut-on dire qu’il y a vraiment quelque chose de pourri dans le monde de la recherche en particulier et dans notre société en général ? ». (Lire la suite…)

Comment on publie un livre

Le 04 décembre 2009 par "Diderot en verres miroirs"

Zinoviev-les hauteurs béantes

« I

l est faux, dit le Neurasthénique, d’affirmer que chez nous, il est difficile de se faire publier. Au contraire, nous sommes obligés de nous faire éditer. C’est même chiffré. Par exemple, chaque année, je suis obligé de faire paraître cinq ou six feuilles de quarante mille caractères. Tu te rends compte, tous les deux ans, un livre. Quant à l’Institut, il est obligé de faire paraître tous les ans toute une bibliothèque de découvertes scientifiques. Et note bien qu’il nous est prescrit de publier uniquement des travaux créateurs, originaux, hautement qualifiés, qui contribuent au développement de la science d’avant-garde. Le niveau de nos travaux doit en outre s’élever tous les ans. Tout un système grandiose a été mis sur pied pour garantir ce progrès irrésistible.

Il existe une directive générale, cela va de soi, qui détermine le développement de la science pour l’étape historique donnée. Tout ce qui se fait se déroule donc dans le cadre et à la lumière de cette directive, De degré en degré, la directive s’élance vers le bas, sous la forme de toutes sortes de documents impératifs, et cela, jusqu’aux collaborateurs de base. Ceux-ci commencent à s’arracher les cheveux et à réfléchir; que pourront-ils bien planifier pour les dix années qui viennent? Les cinq années qui viennent ? Enfin, pour l’année qui vient les prendre à la gorge? Le contenu proprement dit ne joue aucun rôle dans cette planification, car, de toute façon, tout le monde continuera à faire la même chose. L’essentiel, c’est d’inventer un nouveau titre, capable de réjouir les autorités ou, du moins, de ne pas provoquer leur ire. On invente les titres à grand-peine. On les colle ensemble pour former le projet de plan du groupe, du secteur, de la section, de l’Institut. Maintenant, les projets de plan repartent vers le haut, enrichis d’un contenu concret. (Lire la suite…)

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