Citations

la bataille hadopi

Un retour vibrant et jouissif

Le 20 décembre 2011 par "Diderot en verres miroirs"

E

pour commencer cette nouvelle saison, démarrons par la petite nouvelle de la Nouvelle Edition sur Canal +, Valérie Toranian, et de ses promotions effrénées d’un féminisme décomplexé, souriant et salutaire. Ici, c’est la promo d’un petit film sympa qui raconte la rencontre entre jouissance et science par le biais d’un vibromasseur, invention plus ancienne qu’on ne l’imaginait. Je vous en dirai plus quand je l’aurai vu, mais d’ors et déjà, il semble y avoir dedans un peu de The Dish : une science intégrée dans le quotidien, loin d’être infaillible, étonnante avec un recul temporel, mais surtout, un savoir qui fait, malgré erreurs et fausses pistes, partie intégrante du sang humain …

La réponse dans la question

Le 19 juillet 2010 par "Diderot en verres miroirs"

Philosophie Magazine - Juin 2010

D

ans le numéro de juin de Philosophie magazine (saine lecture de vacances), on trouve en page 10 deux petites brèves qui, mises l’une à coté de l’autre, montrent l’importance du paradigme initial d’une science sur le résultat d’une expérience.

Voici le texte in extenso de la première d’entre elles. « La moralité du nourisson. Nous naissons amoraux. Pour Freud et Piaget, l’affaire était entendue. Faux, affirme Paul Bloom, professeur de psychologie cognitive à l’Université de Yale (Connecticut). Selon ses expériences, les petits hommes naissent avec un sens moral rudimentaire dont la culture permet le développement. »

Lorsqu’on travaille en psychologie cognitive, le point central de toute recherche est l’apprentissage, sous toutes ses formes et dans toutes ses dimensions. La notion de comportement est essentielle, et l’objet est la découverte des stratégies comportementales et cognitives qui permettent à un individu de vivre, c’est à dire de se construire, d’évoluer, de changer ou au contraire de rester immobile, etc. L’apprentissage est forcément le facteur fondamental d’une évolution. La question posée initialement devait donc être : sommes-nous des êtres moraux, ou apprenons-nous à l’être (le devenir) ? Que l’apport scientifique de Paul Bloom soit vrai ou faux, il n’en demeure pas moins qu’il ait intérêt à ce que la morale soit préexistente de façon embryonnaire chez le nouveau né, car alors, l’évolution morale de l’individu grandissant est plus facile à évaluer. Sinon, il aurait fallu comprendre comment il apprend cette morale. Or, la définition de cette dernière est d’un ordre beaucoup plus philosophique que comportementaliste, et il y aurait eu un frein méthodologique à l’évolution de son concept. Bref, au vu de la discipline, le résultat n’est pas étonnant.

Voici le texte de la seconde : « T’as pas bonne mine. Une intéressante expérience de Mark Schaller, psychologue de l’Université de British Columbia (Canada), indique que lorsque l’on montre des images de patients souffrant d’urticaires ou de boutons, ceux qui les voient ont leur système immunitaire renforcé (production d’interleukine-6 en hausese de 23%). Selon le chercheur, le cerveau signale au corps qu’avec toutes ces maladies au dehors, il faut mieux se renforcer dedans. »

Là, c’est apparemment l’inverse qui se produit : il est en effet communément admis que le corps et le cerveau doivent être séparés, ou tout au moins l’intellect et l’affect d’une part, et le fonctionnement physiologique de l’autre. Ce status quo ne devrait normalement pas être remis en question, car alors, l’apparition des maladies pourrait être induite ou tout au moins favorisée par l’état psychologique de la personne. D’un point de vue de science dure, la personne elle-même ne peut agir sur sa propre maladie. Si elle le fait, c’est un miracle. Le psychologue met en place un protocole expérimental simple et, grâce à lui, met en évidence que les choses ne sont pas si simples. 1/0 pour les psys.

L’opinion générale prône l’inverse de ce que propose l’expérience ( »Va pas voir les malades, tu vas le devenir toi-même »). La doxa n’est d’accord ni avec les immunologistes ou biologistes de tout poil, ni avec les psys.

Quant au psychologue, en s’intéressant à des thématiques habituellement tenues par des savoirs constitués (la physiologie et l’immunologie, voire la neuro-immunologie), d’en prendre un peu l’aura et, de ce fait, de doucement en prendre le chemin. Dans cette situation, il faudra s’attendre à ce que des détails expérimentaux soient mis en cause : par exemple, est-ce que le taux d’interleukine-6 sanguine est vraiment révélateur de l’état immun de la personne ? Quoi qu’il en soit, des photos ont un effet sur le système endocrino-immunologique de la personne, ce qui n’est pas forcément nouveau, mais qui renforce le besoin de changer le paradigme biologique. Et nul doute que les pschologues doivent prendre part à cette controverse.

Quoiqu’il en soit, ces deux nouvelles assertions dans le champ du savoir (et, à mon avis, la seconde surtout) méritent d’être suivies.

Le dogme contre la controverse

Le 25 avril 2010 par "Diderot en verres miroirs"

L

a tête au carré, célèbre émission de vulgarisation scientifique sur France Inter, avait lieu vendredi dernier (23 avril 2010) avait lieu au Futuroscope de Poitiers, qui héberge actuellement une exposition Science et Art. Chacun qui lit mon blog habituellement, sait mon aversion pour ce genre de thématique, cette acculturation scientifique par la proximité avec d’autres disciplines, ici l’Art. Chaque scientifique stimule bien évidemment son imaginaire par sa socialité, ses autres contacts avec le monde extérieur, ses goûts. Et il est tout aussi évident que les artistes peuvent voir dans les représentations scientifiques des pistes de création. Ce rapprochement entre l’Art et la Science a tout d’une pratique artificielle, et ne rend compte que de lieux communs et d’approximations. Bref, passons !!

Par contre, une prise de parole m’a attiré l’oreille bien plus que toutes ces comparaisons de représentations scientifiques avec des images d’art. Un des invités, Lionel Simonneau, à la fois chercheur en neurosciences et en didactique des sciences, nous offre une vision étonnante du dogme scientifique : ce dernier est très puissant, mais il empêche le chercheur d’avancer, dès lors que de nouvelles découvertes se produisent. Les controverses se produisent donc forcément contre ces dogmes.

Autrement dit, le dogme se trompe, et comme toutes les sciences évoluent forcément, parfois dans le sang (voire dans la révolution voir Kuhn pour plus de réflexions), le dogme est forcément faux, puisque c’est contre lui que de nouvelles interprétations apparaissent.

Tiens tiens … Un gars en didactique des sciences dit cela. Mais à quoi peut-bien servir ce dogme ? A précisément permettre de travailler contre lui ? Pourquoi pas, mais le dogme est quelque chose de quasi religieux. Lionel Simonneau cite en exemple dans cette interview pas très bien menée le dogme du capital fixe et définitif des cellules nerveuses à l’âge adulte, dogme qui est battu en brèche actuellement (depuis un bon nombre d’années en fait, il faut bien le dire), notamment par la découverte de cellules souches somatiques dans certaines zones du cerveau.Et, de fait, j’ai appris durant mes années de physiologie humaine ce dogme. Cette fixité religieuse qui permet à une vérité scientifique de s’imposer dans un programme d’apprentissage.

Et peut être le rôle du dogme est il précisément de pouvoir affirmer aux yeux du jeune apprenti, écolier, étudiant, que la réalité scientifique est vraie, qu’elle ne supporte aucune contradiction : les programmes scolaires dénient aux disciplines enseignées le droit de pouvoir être des représentations qui doivent pouvoir évoluer, et que c’est le rôle des scientifiques de le faire évoluer, transformer, parfois dans le sang. Un scientifique qui aura grandi, changé, et se sera débarrassé des dogmes, lui aussi …

Une petite remarque : cette photo de cellules souches somatiques n’est pas venue ici par hasard !! Bien au contraire : c’est parce une ou plusieurs personnes recherchaient ces cellules, une représentation différente de la plasticité et de la vie du cerveau, que ces images ont pu être produites. Elles n’étaient pas là par hasard, mais avaient pour but (c’est à dire pour les scientifiques qui les ont produit) de créer la polémique.

Et encore une dernière remarque pour la route : rien de tel de LA photo la plus parlante possible pour « dire » ce fait, l’exposer aux yeux de tous, lui donner l’existence d’une nouvelle vérité : le capital nerveux du cerveau n’est pas immuable. Il s’agit de trouver le support de médiation le plus fort possible. Pour qui savait lire l’image, le monde changeait : une arme redoutable. C’est là que les chercheurs voient dans leur métier des liens avec le travail artistique : changer la représentation du monde. Pour qui croit que c’est également la fonction de l’Art, pourquoi pas … Mais ce n’est pas mon cas.

[wpaudio url="/wp-content/uploads/2010/audio/LTAC_23042010.mp3" text="La tête au carré - 23 avril 2010" dl="0"]