Citations

la bataille hadopi

L’honnêteté académique

Le 11 novembre 2012 par "Diderot en verres miroirs"

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n se dit qu’en religion plus qu’ailleurs, l’honnêteté devrait primer sur tout le reste. Ok, mais qu’en est-il de la théologie, science qui étudie les religions, sans pour autant en épouser une thèse au dépens d’une autre, dont l’objet est de construire un corpus de savoir comme toute autre pratique scientifique ?

On imagine bien que comme dans toute autre discipline, crapotages diverses, directions mal assumées, promotions dites « par le haut » (c’est-à-dire se débarasser d’une personne incompétente en lui proposant une promotion qu’il ne saurait refuser), soumission à des choix politiques douteux, j’en passe et des meilleures font partie du dur chemin que chaque enseignant-chercheur subit durant sa carrière. Et aussi de chaque structure universitaire ou institution de recherche sur cette terre. Mais l’omerta est ici toujours amusante à constater, personne ne voudrait parler de cela, et je vous rappelle que si j’agis à couvert, c’est parce que je suis jeune, en bonne santé, et que je veux continuer parler dans une relative liberté, mais la plus importante possible.

Et bien, en théologie comme ailleurs, les pratiques les plus douteuses existent comme partout ailleurs ! Qui s’en étonnerait ? Il y a dans la structuration même de l’Université et dans son historique et conservatrice culture tous les éléments qui permettent à ces pratiques de perdurer. Mais, ô surprise, (Lire la suite…)

Relativisme (or not)

Le 02 janvier 2012 par "Diderot en verres miroirs"

 » C

ar, à force de croire que les connaissances objectives sont l’expression de la réalité même, les scientifiques oublient parfois que ce sont toujours EUX qui parlent, et jamais cette réalité. L’ancrage de leurs discours ne se situe pas dans le réel, mais bien dans les questions auxquelles ces discours essayent de répondre, avec ou sans l’aide du réel. » Baudouin Jurdant.

Cette position relativiste que je défends fermement, pour avoir vécu peu de temps en tant que chercheur en biologie et d’avoir eu en quelque sorte une introspection sur mon propre traval et mon entourage, et pour avoir suivi par la suite des études en sciences humaines, m’amène constamment, devant de jeunes chercheurs, ou de moins jeunes, à entendre cette réponse lapidaire : « il faudrait en finir avec ce relativisme qui tend à dire que la science n’est qu’un système de croyance » et plus avant : « La science n’est pas un corpus de fait. C’est un formalisme de pensée qui conduit à se poser les questions.La science est une méthode rationnelle d’élaboration des connaissances, pas les connaissances elles-même. » Alors, pourquoi ne vulgarise t’on QUE le corpus de fait ? Pourquoi, lorsqu’on s’intéresse à une autre discipline scientifique que la sienne, ne s’intéresse t’on QUE aux faits qu’elle génère ? Je suis d’accord sur le propos, mais il semble que, pour beaucoup de scientifiques, ce ne soit que bullshit.

Je ne comprends toujours pas pourquoi ce relativisme est aussi dangereux. Est-ce parce que je suis athée ? Je n’aurais alors rien à croire, rien à apprendre, puisque toute construction de connaissance est vaine.

Le relativisme est une position qui me semble correcte face aux scientifiques. On peut, avec les scientifiques, croire à l’évolution, et nous avons de bonnes raisons d’y croire. D’autres croient au créationnisme, et je ne suis pas d’accord avec leur croyance, parce que je ne vois pas le monde au travers de cette pensée initiale. Je crois un peu moins aux plasmas de quarks et de gluons, mais après tout, pourquoi pas, puisque certains ont d’aussi beaux noms (strange, charm, beauty).

Je crois également à l’effet de la durée du jour et de la nuit, et de leur variations sur la psyché humaine et la libération de neurotransmetteurs et la concentration plasmatique d’hormones pour expliquer certaines maladies bipolaires. Là, je suis un des rares à y croire, mais j’ai travaillé sur ce sujet, vous pardonnerez cette infime faute …

Par contre, je garde une réserve relativiste quant aux méthodes utilisées, aux raisons pour lesquelles ces résultats ont été produits, quant aux raisons même qui me font y croire. Parce que la réalité, ce sont les questions :

  • D’où venons nous ? Avons nous été créés ? Sommes nous le résultat d’une évolution ?
  • Qu’est ce que la matière ? Pourquoi est elle dure, ou molle ?
  • Pourquoi je me sens pas bien des fois ?

Parce que ces questions par contre présentent une réalité propre : difficile de passer à coté.

Oui oui, on peut croire ET ne pas croire : tout dépend du temps, du vent, du printemps … Veuille que cette année 2012 soit suffisamment relativiste pour que les vents des la connaissance réveillent les esprits embrumés de croyances non-distanciées (encore un voeu pieux !).

Un retour vibrant et jouissif

Le 20 décembre 2011 par "Diderot en verres miroirs"

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pour commencer cette nouvelle saison, démarrons par la petite nouvelle de la Nouvelle Edition sur Canal +, Valérie Toranian, et de ses promotions effrénées d’un féminisme décomplexé, souriant et salutaire. Ici, c’est la promo d’un petit film sympa qui raconte la rencontre entre jouissance et science par le biais d’un vibromasseur, invention plus ancienne qu’on ne l’imaginait. Je vous en dirai plus quand je l’aurai vu, mais d’ors et déjà, il semble y avoir dedans un peu de The Dish : une science intégrée dans le quotidien, loin d’être infaillible, étonnante avec un recul temporel, mais surtout, un savoir qui fait, malgré erreurs et fausses pistes, partie intégrante du sang humain …

Sauvages de la rue

Le 21 mai 2011 par "Diderot en verres miroirs"

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rès rapidement, une participation populaire à la science en train de se faire : le recensement d’espèces végétales en environnement urbain. Comme il y eut par le passé le travail astronomique des astronomes amateurs, une proposition de participation amateure à l’étude de la biodiversité urbaine (à Paris aujourd’hui, demain dans toute la France) a été faite par le Muséum National d’Histoire Naturelle (sauvagesdelarue.fr).

Voilà comment ça marche : on achête un petit livre (Guide des plantes Sauvages des villes de la région parisienne de Nathalie Machon) à 10 euros, et on l’utilise pour retrouver, par l’observation des trottoirs, des jardins publics, et de façon générale partout où ça peut pousser, des plantes. Par l’interaction avec le site Internet, c’est une cartographioe de la biodiversité citadine qu’on devrait voir apparaître. Avec, à la clef, une sacrément bonne nouvelle : l’homme n’a plus le temps de nettoyer ses trottoirs, sur lesquels les plantes peuvent alors reprendre le dessus …

Bravo pour les scientifiques qui en ont eu l’idée (le site est cool aussi, c’est rare en milieu scientifique) : bravo de ne pas avoir vulgarisé, bravo de ne pas avoir pris les gens pour des idiots, bravo enfin de les intégrer dans une démarche collective .. et les autres, prenez-en de la graine, et faites germer ces nouvelles idées dans vos laboratoires.

La réponse dans la question

Le 19 juillet 2010 par "Diderot en verres miroirs"

Philosophie Magazine - Juin 2010

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ans le numéro de juin de Philosophie magazine (saine lecture de vacances), on trouve en page 10 deux petites brèves qui, mises l’une à coté de l’autre, montrent l’importance du paradigme initial d’une science sur le résultat d’une expérience.

Voici le texte in extenso de la première d’entre elles. « La moralité du nourisson. Nous naissons amoraux. Pour Freud et Piaget, l’affaire était entendue. Faux, affirme Paul Bloom, professeur de psychologie cognitive à l’Université de Yale (Connecticut). Selon ses expériences, les petits hommes naissent avec un sens moral rudimentaire dont la culture permet le développement. »

Lorsqu’on travaille en psychologie cognitive, le point central de toute recherche est l’apprentissage, sous toutes ses formes et dans toutes ses dimensions. La notion de comportement est essentielle, et l’objet est la découverte des stratégies comportementales et cognitives qui permettent à un individu de vivre, c’est à dire de se construire, d’évoluer, de changer ou au contraire de rester immobile, etc. L’apprentissage est forcément le facteur fondamental d’une évolution. La question posée initialement devait donc être : sommes-nous des êtres moraux, ou apprenons-nous à l’être (le devenir) ? Que l’apport scientifique de Paul Bloom soit vrai ou faux, il n’en demeure pas moins qu’il ait intérêt à ce que la morale soit préexistente de façon embryonnaire chez le nouveau né, car alors, l’évolution morale de l’individu grandissant est plus facile à évaluer. Sinon, il aurait fallu comprendre comment il apprend cette morale. Or, la définition de cette dernière est d’un ordre beaucoup plus philosophique que comportementaliste, et il y aurait eu un frein méthodologique à l’évolution de son concept. Bref, au vu de la discipline, le résultat n’est pas étonnant.

Voici le texte de la seconde : « T’as pas bonne mine. Une intéressante expérience de Mark Schaller, psychologue de l’Université de British Columbia (Canada), indique que lorsque l’on montre des images de patients souffrant d’urticaires ou de boutons, ceux qui les voient ont leur système immunitaire renforcé (production d’interleukine-6 en hausese de 23%). Selon le chercheur, le cerveau signale au corps qu’avec toutes ces maladies au dehors, il faut mieux se renforcer dedans. »

Là, c’est apparemment l’inverse qui se produit : il est en effet communément admis que le corps et le cerveau doivent être séparés, ou tout au moins l’intellect et l’affect d’une part, et le fonctionnement physiologique de l’autre. Ce status quo ne devrait normalement pas être remis en question, car alors, l’apparition des maladies pourrait être induite ou tout au moins favorisée par l’état psychologique de la personne. D’un point de vue de science dure, la personne elle-même ne peut agir sur sa propre maladie. Si elle le fait, c’est un miracle. Le psychologue met en place un protocole expérimental simple et, grâce à lui, met en évidence que les choses ne sont pas si simples. 1/0 pour les psys.

L’opinion générale prône l’inverse de ce que propose l’expérience ( »Va pas voir les malades, tu vas le devenir toi-même »). La doxa n’est d’accord ni avec les immunologistes ou biologistes de tout poil, ni avec les psys.

Quant au psychologue, en s’intéressant à des thématiques habituellement tenues par des savoirs constitués (la physiologie et l’immunologie, voire la neuro-immunologie), d’en prendre un peu l’aura et, de ce fait, de doucement en prendre le chemin. Dans cette situation, il faudra s’attendre à ce que des détails expérimentaux soient mis en cause : par exemple, est-ce que le taux d’interleukine-6 sanguine est vraiment révélateur de l’état immun de la personne ? Quoi qu’il en soit, des photos ont un effet sur le système endocrino-immunologique de la personne, ce qui n’est pas forcément nouveau, mais qui renforce le besoin de changer le paradigme biologique. Et nul doute que les pschologues doivent prendre part à cette controverse.

Quoiqu’il en soit, ces deux nouvelles assertions dans le champ du savoir (et, à mon avis, la seconde surtout) méritent d’être suivies.

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