Citations

la bataille hadopi

La mort du progrès (encore)

Le 26 avril 2011 par "Diderot en verres miroirs"

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U

n billet de Guillaume Erner sur France Inter ce matin me donne envie de reprendre la plume, pour parler, encore et toujours, des raisons pour lesquelles la médiation scientifique devrait automatiquement être didactique, et quelle serait finalement son but. Guillaume Erner (je vous laisse d’abord écouter son billet d’humeur particulièrement réussi) propose une idée sociologiquement simple : les gens ne croient plus au progrès, cette notion très XIXème et XXème siècles qui serait associée à la science, à cette sorte de religion laïque (qu’il chroniquait d’ailleurs hier, deuxième son). Le progrès scientifique n’est plus. On ne peut plus croire personne, et surtout pas chez les soit-disants experts qui seraient capables de nous vendre une centrale atomique non polluante, un vaccin contre les corps aux pieds, que sais-je encore. « C’est de la sience » nous rabattent les oreilles Loreal et consorts pour nous dire que c’est bien. Sauf que … on y croit plus.
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La doxa nous impose cette pensée : si seulement les gens étaient mieux informés, s’ils étaient capables de décrypter l’information scientifique, d’en comprendre les enjeux, les tenants et les aboutissants, si seulement une éducation populaire avait réellement lieu, alors un progrès serait-il à nouveau possible ! Le problèmes est qu’on ne s’adresse pas « bien » aux gens, ou intelligemment. La pédagogie est la seule fonction du progrès : une idée qu’on retrouve dans le second son, émouvant, pathétique peut-être …

40% des enfants sont vaccinés contre la rougeole ! On a beau expliquer comment fonctionne un vaccin, par quoi s’explique son innocuité, les problèmes que produit la bactérie responsable de la rougeole, etc… rien n’y fait, cette éducation n’a aucun effet, et on pourrait même dire qu’elle a un effet inverse de celui escompté : à force de parler et de répéter le même message, le sens s’estompe et on se retrouve avec des gens qui « savent » mais y apportent leur propre sens : dans un cadre biodynamique, le vaccin est mauvias (par exemple). Et malheureusement, le sens n’est pas prescripteur, et n’est pas non plus permanent : à force de dire que le vaccin contre la grippe A et le virus H1N1 est important, car la maladie est létale, le sens disparait dès que la maladie se révèle quasi inoffensive.

D’ailleurs, le débat scientifique, tant parmi les médecins que les immunologistes a montré cette impermanence du sens par les différents avis exprimés. Aujourd’hui, le débat autour du nucléaire montre cette même chose : ce n’est pas parce qu’on connait l’atome et ses secrets qu’on n’a pas peur de l’industrie nucléaire ou tout au moins qu’on est pour ou contre, comme si ces deux choses n’avaient rien à voir l’un avec l’autre. Comme si savoir et décider n’auraient en fait rien à voir.À nouveau, le billet de Guillaume Erner d’hier : cette religion laïque bat de l’aile. Et face à un public de plus en plus éduqué, une éducation qui permettrait la construction du sens qui permettrait à son tour l’idée d’un progrès s’avère potentiellement contre-productive.

Le fait de savoir ne laisse en rien préjuger de l’idée de choisir, ou tout au moins n’est pas une condition suffisante. En tout cas, on n’aurait pas réussi à trouver mieux, selon quelques uns de mes détracteurs qui me demandent parfois : mais qu’est-ce que tu fais, toi ? Ce à quoi je réponds : je construis un nouveau modèle, dans lequel l’éducatif et le pédagogique seraient séparés de l’idée de vulgarisation et de médiation scientifique. Un modèle dans lequel le scientifique médie tout le temps, qu’il ne fait que changer de public selon qu’il s’adresse à des collègues, à des scientiiques, à ses élèves, aux médias, au « grand public ». Qu’il n’est pas forcément sur un mode pédagogique. Et que c’est la seule solution pour pouvoir revenir à une pensée de progrès possible : un « sustainable progress », comme il y aurait un « sustainable dévelopment ».

Un coup de vieux bien trop rapide

Le 18 novembre 2010 par "Diderot en verres miroirs"

J

‘avais parlé il y a de cela quelques temps de l’émission d’Ameisen « Sur les épaules de Darwin » sur France Inter le samedi matin à 11 heures (OVNI, ou réminiscence d’humanité(s) ?) Au début, un pur plaisir : abonné au podcast, je suis même prêt à l’éditer et le diffuser, pourquoi pas gratuitement. Intelligente, variée, ouverte (une programmation sonore et musicale incroyablement riche), un beau texte. Bref, on aimerait avoir ces émissions plus souvent.

Seulement voilà : à l’usure, c’est chiant. la voix devient monocorde, l’étonnement devant quelque chose d’unique fait place à l’ennui d’avoir tout le temps la même chose.

Le savoir peut-il être gai ? L’émission de Collin tous les jours sur France Inter encore, qui parle pourtant beaucoup d’Histoire et même du rapport des historiens avec l’Histoire, n’est pas ce qu’on peut appeler emmerdante. Rythme, jingles, rigolades et un Zoltan récurrent n’empêchent ni à la culture, ni au savoir de vivre entre les voix.

Comme disait ma compagne samedi dernier, en passant l’aspirateur (c’est à dire à l’heure où passe Ameisen chez nous), « C’est intéressant, même passionnant … mais qu’est ce que c’est chiant !!! ». Dommage !! Fais un effort Jean Claude, mets du popper dans ton café, ou sniffe du monoxyde d’azote, et ça deviendra vraiment très bien.

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Ecrire et parler science

Le 11 octobre 2010 par "Diderot en verres miroirs"

L

e site canadien science-presse possède un blogue un peu foutraque il faut bien dire, qui contient un peu de tout, mais c’est pas très grave. Très récemment, une nouvelle thématique concernant la critique de livres qui parlent de science est arrivée sur ce site. C’est Frankenstein de Mary Shelley qui en a fait l’ouverture. On propose aux visiteurs de commenter le livre en partant de questions ouvertes proposées par Josée-Nadia Drouin, l’animatrice du blog. Je suppose qu’à la cloture des commentaires, un auteur spécialiste ira de son petit laius d’expert, dont on a rien à foutre, mais c’est le genre qui veut ça.

Les deux questions sont celles-ci : le livre de Mary Shelley est-elle la première à signer une oeuvre de science fiction en écrivant Frankenstein ? Frankenstein préfigure t’il la question de l’éthique dans nos sociétés contemporaines ?

Les commentaires sont de loin les plus intéressants : en effet, comment considérer les rapports entre science et littérature ? Peut-être, pour commencer, en s’intéressant aux rapports que chacun entretient avec la littérature et les sciences !

J’ai bien l’impression que ça va être passionnant(et jouissif)  car déjà ya des gens qui ne sont pas d’accord !! On pourrait participer tous à ça, dans une sorte de grande orgie francophone pan-atlantique nord.

Vessies et lanternes ?

Le 17 août 2010 par "Diderot en verres miroirs"

Révolution copernicienne

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ans l’édition papier Telerama de la semaine du 5 au 11 juin, la chronique Vu! de François Gorin fait état d’une véritable « révolution copernicienne » en parlant des tests ADN. Bigre !! Ce chroniqueur n’y va pas de main morte. Il commente l’inhumation de Copernic pour la deuxième fois, dont on a pu, grâce à un crane, une dent et quelques cheveux, vérifier son apparence physique (par modélisation informatique et comparaison avec ses portraits) et de son appartenance génétique (par la comparaison de l’ADN des cheveux avec celui d’une dent retrouvée sur le cadavre). Et, par amalgame, une technique que vous retrouvez parfois dans les lignes de ce blog, il télescope Copernic avec un condamné à mort américain qui sera peut être innocenté grâce à un test ADN.

Ces deux prodiges de la science font comparer François Gorin les tests ADN à une révolution copernicienne. Ca fait quinze jours que j’ai lu cet article : pourquoi me trottine t’il dans la tête ? Y a t’il un sourire béat sur le visage de ce chroniqueur ? Apparemment non ! Bien que moins incisif, plus positif que ses prédécesseurs à la chronique de dernière page de Telerama, François Gorin peut être amène parfois. Est-ce l’idée d’une nouvelle révolution copernicienne, qui est associée dans cet amalgame à une technique plutôt qu’à une conception scientifique qui me dérange ?

Le simple fait de résumer un homme par son ADN me file de l’urticaire. Je sais que les têtes pensantes de la génétique eux-mêmes ne franchiraient pas ce rubicon là. Même Axel Kahn a remisé cette idée positiviste dès lors qu’il est entré dans les comités d’étique. Mais c’est l’idée selon laquelle il est possible de réduire l’homme à ses gènes qui a aujourd’hui le vent en poupe : le projet Human genome qui visait à décortiquer entièrement le matériel génétique humain pour le caractériser, feuilletons d’experts qui demandent à tout bout de champ une analyse ADN, caractérisation des organismes génétiquement modifiés (à cause de l’ADN, of course), la peur du clonage (50 x moi), autant de fantasmes pour gogos.

Il n’empêche, c’est l’ADN qui, qu’on le veuille ou non, définit le vivant. Qui permet de montrer à la fois sa généralité (ce qui est vivant contient forcément du matériel génétique), et la spécificité de chaque organisme (je peux être identifié par mon ADN unique). Et c’est ainsi qu’on a pu déterminer qui était Copernic. En soi, c’est absolument inintéressant !  Mais les réactions que cela suscite sont pour le moins étonnantes. Maintenant, on peut voir, et savoir où est enterré Copernic, le père de la révolution conceptuelle qui a changé le monde.

De là à définir la découverte de l’ADN comme une véritable révolution … Je reste sceptique. Est-ce que cette « nouvelle » définition du vivant changera notre conception globale de ce qu’est la vie ? Est-ce déjà en train de se produire ? En tout cas, on sent que l’idée de cette révolution scientifique prend ses aises dans l’opinion, dans la société. Ce concept nous imprègne doucement. Et ce sera peut être ainsi que nous donnerons à la définition de la vie par l’ADN cette lettre de noblesse : le droit à devenir une révolution scientifique.

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Glissement de Savoir(s) : une mauvaise pente

Le 04 juillet 2010 par "Diderot en verres miroirs"

« L

’année universitaire se termine. A-t-elle été plus sereine que la précédente ? En tout cas, elle a été plus travailleuse et plus constructive, grimpant les marches de l’autonomie pas à pas. Les craintes et les frustrations engendrées par la fusion des trois anciennes universités s’effacent, dans un mouvement encore timide mais chaque jour plus assuré, devant de nouvelles perspectives. Car l’essentiel est là. Loin d’être une simple synergie gestionnaire, la fusion qui a conduit à la naissance d’une grande Université de Strasbourg, doit permettre la rencontre des différents savoirs que notre nouvelle maison abrite[...] »

Tels sont les premiers mots de notre éditorialiste préféré Philippe Breton, surfant sur les vagues de la rhétorique intitutionnelle d’une unification « marche en avant » qui n’apportera que des bienfaits. Le styles est proche des Hauteurs Béantes de Zinoviev, et le positivisme exacerbé est bien loin des réalités de terrain, qui sont reportés par les salariés de l’Université. Protocoles envahissants, destruction massive de l’autonomie, la plus petite possible, de chacune des composantes, des facultés des UFR. La Nouvelle Université Autonome marche maintenant unie vers un futur radieux. Les voix critiques (et il n’y a à peu presque ça, dès qu’on sort du discours officiel), ne sont pas relayées, pas entendues, ni supportées. Le fonctionnement habituel individualiste des UFRs empêche l’expression forte d’une opposition à l’équipe Beretz (l’actuel président). La réalité, c’est que la réforme est une fuite en avant pour tenter de corriger, l’une après l’autre, les erreurs commises : évidemment, passe-droits et autres négociations pour tenter d’arrondir les angles font florès.

Bref, contrairement à ce que dit Breton dans son éditorial, rien ne va moins bien qu’en ce moment, et le pas en avant est un pas de fuite. Il faut juste trouver des arguments, la transdisciplinarité en est un des nombreux exemples, pour tenter de faire rêver. Le choix du thème du désir dans le dossier central est-il, dans ces circonstances, un hasard ?

Et, au fait : Savoir(s) est désormais payant (1,5 euro, très symbolique). Il coûte cher, il y a une politique papier pas forcément maline, c’est peut être intelligent. Mais, là dessus, le comité de rédaction ne s’exprime pas. On aurait aimé en savoir plus … Et, la seule alternative est pour l’instant le téléchargement du magazine : pas de site Internet de type journal (alors que d’autres instances de l’Université de Strsbourg beaucoup moins prestigieuses comme l’Observatoire des Politiques Economiques en Europe par exemple, ont mis en place un bulletin en ligne ; à noyter, ce bulletin de reçoit aucune subvention de l’Université), pas de support numérique intelligent, pas de possibilité de flux de syndication etc. On voudrait tuer ce magazine, on ne s’y prendrait pas autrement.

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