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la bataille hadopi

La lune dans la crise

Le 10 février 2010 par "Diderot en verres miroirs"

C

e matin sur France Inter, Pascale Clark interviewait Claudie Haigneré et Jean François Clervoy, deux astronautes européens, à venir débattre à propos des déclarations du président américain Barak Obama indiquant que le projet « Constellation » du président précédent, visant à revenir sur la Lune avant 2020, était annulé, ou tout au moins mis en veilleuse. Cet arrêt, momentané ou définitif, indique que la NASA ne doit plus se concentrer sur l’exploration spatiale, mais plutôt à participer au développement de la vie sur la Station Spatiale internationale. La Lune, Mars, on verra plus tard.

La NASA a toujours été l’objet de choix stratégiques qui variaient d’un président à l’autre. Donc, rien de nouveau sous le soleil, et à vrai dire, on se serait douté qu’en des périodes si troublées, cette économie de moyens ne soit pas décidée. Les hommes ne sont donc pas prêts de remettre le pied sur la Lune, ou même sur Mars, avant un bon bout de temps ! L’article susmentionné de Sylvestre Huet montre par ailleurs que, si le choix avait été fait de développer un lanceur qui au minimum permettrait d’aller sur la Station Spatiale Internationale, et d’aller plus loin, en association avec une autre fusée, Arès-5, une capsule habitée baptisée Orion, un module lunaire et une base lunaire, le budget qui permettait de réaliser tout ça n’était pas à la hauteur. Donc, au minimum, ce choix stratégique peut paraître complètement idiot, il n’en reste pas moins réaliste pour autant.

[wpaudio url="/wp-content/uploads/2010/audio/Commeonnousparle100210.mp3" text="Comme on nous parle - 10 février 2010" dl="0"]

Mais mon propos n’est pas là. Je ne suis pas un expert de la conquête spatiale, je ne regrette pas d’aller sur la lune, ou de ne pas y aller. Cette « aventure » (dont je pourrais ôter les guillemets) représente beaucoup de rêves, sinon pour l’espèce humaine, tout au moins pour le monde occidental. Aller sur la Lune, c’est un Graal !! Avoir vu des hommes y poser le pied en 1969, avoir pu toucher ce rêve, a surement été la source d’une dynamique économique, technologique énorme. Nous en voyons le résultat aujourd’hui, car les applications spatiales sont aujourd’hui légion. Ce rêve non plus n’est pas de mes préoccupations.

Par contre, même si seulement 1/2 heure était consacrée à ce sujet, l’émission était vide, telle un espace intersidéral. Encore une fois, je me suis surpris à être baba devant les capacités des astronautes (spationautes ?) à proposer à l’auditeur et au journaliste rêveur un monde de Oui Oui dans lequel tout va bien : les problèmes sont éludés, les questions potentiellement importantes deviennent de petits soucis, les milliards de dollars ne sont même pas évoqués, et la certitude que ce rêve survivra reste, comme la foi en un Dieu tutélaire qui guiderait nos pas.

Ne nous y trompons pas : ces gens ne sont pas nés de la dernière averse (de météorites, ahahah). Recrutés sur le volet, ayant un psychisme à toute épreuve, ayant un CV long comme le bras (de la comète, qu’est-ce qu’on rigole), ils sont certes formés et entraînés à régir avec calme et pondération à toute situation de crise. Ils et elles sont aussi devenues des bêtes de communication. Et les réponses de l’un ou de l’autre ne varient pas d’un iota : ils racontent le rêve de l’homme (d’une nation ?) d’aller dans l’espace, de dépasser les limites, vers l’aventure et au delà, et de faire rêver à son tour le citoyen moyen. Alors, oui, ils ont toujours cru qu’ils iraient dans l’espace; oui, le destin collectif est de s’extirper de notre petite planète; oui, Verne, Asimov sont leurs guides spirituels. La conquête spatiale est le dernier espoir scientiste et positiviste vers lequel nous pouvons encore nous tourner. Et pas un seul astronaute ne vous dira l’inverse : ils incarnent ce rêve et sont payés pour.

A quoi cela sert il alors de les inviter ? Comment arriver, en les invitant sur des plateaux télé ou radio, à réussir à prendre du champ pour mieux comprendre les véritables enjeux politiques, économiques, scientifiques, qui sous-tendent la conquête spatiale ? Comment avoir un autre point de vue ? Certainement pas en les invitant …

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2 commentaires »

  1. Je me demande s’il n’y a pas aussi, ou simplement, une question de génération. Les astronautes actuels étaient, comme moi, des enfants pendant les années 1960. Non seulement les missions Apollo, mais aussi l’âge d’or de la S.F., les Comics, Science & Vie, tout nous faisait rêver d’espace. Économiquement tout allait bien, nos papas achetaient une deuxième voiture pour nos mamans, on allait passer nos premières vacances en avion. Moi j’étais persuadé qu’en l’an 2000 on irait en vacances sur la Lune, après un voyage low-cost en Concorde. D’ailleurs les voitures de l’an 2000 seraient à réaction et rouleraient à 500 km/h. Bref, un certain nombre d’entre nous sont retombés par terre (de haut), et je le dis volontiers, dans une certaines mesure frustrés. Et puis d’autres sont restés des gamins des années 60 et ont réalisé leur rêve… Si tu as trente ans ou moins, tu peux pas comprendre ;-)

    Commentaire par Dr. Goulu — 11 février 2010 @ 0:51

  2. J’ai 45 ans ou plus, et ça me parle bien sur. Vous avez raison, cher docteur.

    Mon billet était mal formulé. La question de Pascale Clark est « Comme on nous parle … « . On nous parle comme à des idiots, on contrôle la communication, « on nous Claudia Schiffer, on nous Paul-Loup Sulitzer », comme la chanson dont est tirée le titre-citation de cette émission. On nous Claudie Haigneré, je dis aujourd’hui, et Pascale Clark en est la complice.

    Commentaire par admin — 11 février 2010 @ 11:38

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