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la bataille hadopi

2001 … a space Illiade ?

Le 08 janvier 2010 par "Diderot en verres miroirs"

S

ur la liste Vulgarisation de l’ENS, il y a des textes assez longs pondus par de petits malins, certains pour faire leur pub. Après tout, le but de Richard-Emmanuel Eastes, fondateur du truc, c’est de construire un réseau parlant et faisant de la vulgarisation, c’est une bonne chose après tout, et parfois instructif.

Par contre, la lecture des mails de cette liste permet de se rendre compte de la culture générale qui prévaut dans les pratiques de vulgarisation. Dont quelques pensées de Clovis Darrigan de anima-science à Pau. Son idée, et ce n’est malheureusement pas la dernière fois qu’on voit ça, c’est de comparer le travail de Arthur C. Clarke (2001 l’odyssée de l’espace et sa suite avec la réalité d’aujourd’hui, et de s’étonner de voir un écrivain, même pas un scientifique, bref, l’Art dans toute sa substance, faire office de prospective et de futurologie, et même pas se planter dans les dates, ou si peu. C’est dingue, non ?

Ce qui intéressait l’auteur (et Kubrick pour l’adaptation au cinéma), ce n’était ni cette pensée futurologue, ni le fameux HAL qui nous fait tant peur aujourd’hui (est-ce qu’il ressemble aux ordinateurs contemporains ou non ?), mais bien la condition de l’homme qui a construit un nouveau monde technologique et en bénéficie. Un film des trente glorieuses qui ne questionnait pas les bienfaits d’un progrès technologique, mais plutôt la place de cet homme dans ce progrès.

Peu de doute quant au positif du progrès dans ces oeuvres : probablement faudrait-il que l’homme y trouve une place ethique, et la parabole de la fin. Sommes nous aujourd’hui dans ces questionnements ? L’homme doit désormais vaincre le monstre qu’il a créé (HAL 9000)  afin de renaître et revivre. Mais on ne questionne à aucun moment le fait qu’HAL 9000 soit un monstre : s’il l’est, ce n’est pas par son coté humain

Le doute est aujourd’hui centré sur le progrès lui-même. Progrès technologique s’entend. Nous avons trop souvent confondu progrès scientifique et progrès technologique pour ne pas continuer aujourd’hui. Revu aujourd’hui, le film présente HAL 9000 comme un monstre, provenant de l’esprit humain. On en viendrait presque à regretter que HAL ne tue pas Bowman, pour qu’il comprenne enfin la monstruosité de « sa » création (vieux mythe de l’homme contre la machine qu’il a créé).

Le genre de comparaison que propose Darrigan est à pleurer donc. On s’intéresse à la technologie d’aujourd’hui, et on compare en se faisant un peu peur : la science-fiction prévoit l’avenir. Mais la science-fiction, que ce soit dit une bonne fois pour toutes, parle des hommes et en parle aujourd’hui, quel que soit cet aujourd’hui intemporel ; toute fiction est du même ordre, que ce soit « La guerre des boutons », les Rougon-Macquart, L’Illiade  … C’est le sens même du roman. La prospective scientifique dans les bouquins de SF est vraiment trop facile, foi de Diderot en Verres Miroirs !

La suite : Texte de Clovis Darrigan

À la vue de ce nombre, les amateurs de science-fiction pourraient, pourquoi pas, penser à l’œuvre d’Arthur C. Clarke, la tétralogie de l’Odyssée de l’espace : 2001: A Space Odyssey (1968), 2010: Odyssey Two (1982), 2061: Odyssey Three (1988), 3001: The Final Odyssey (1997).
Vous vous souvenez sûrement de 2001 Odyssée de l’espace, le film de Stanley Kubrick, à l’ambiance étrange et expérimentale, parfois même hermétique. Sa bande originale a fait que l’on ne peux plus écouter Ainsi parlait Zarathoustra (écouter) sans avoir en tête des images d’Hommes préhistoriques découvrant le feu et l’outil, ou Le Beau Danube bleu (écouter) sans imaginer un astronome en scaphandre évoluant dans l’espace, relié par un maigre cordon ombilical à son vaisseau mère… 2010 l’Année du premier contact est la suite de 2001.

Dans 2001, on se souvient aussi de l’ordinateur de bord, HAL 9000, doté d’une intelligence artificielle, de mémoires holographiques, d’une voix, des sens (vision, audition), capable de lire sur les lèvres. Il gère l’ensemble du vaisseau, prend des décisions et… se trompe.

Alors en 2001, dans le monde réel, a-t-on pu construire un tel ordinateur ? On s’y approche.
En 2001, les mémoires holographiques n’étaient encore que des prototypes dans les laboratoires d’optique. En 2010 elles sont commercialisées et peuvent stocker jusqu’à 1,6 téraoctets sur une cartouche (équivalent de 240 DVD).
En 2001, les ordinateurs sont capables de battre des champions de jeu d’échecs. À cette époque les plus puissants ordinateurs calculent un milliard d’opérations par seconde (1 GHz). La « loi de Moore » reste valable, mais à partir de 2004 on assiste à un mur technologique. En 2010, le mur des 5 GHz est surtout contourné grâce aux ordinateurs à architecture parallèle, où les calculs sont répartis sur plusieurs processeurs et ordinateurs en réseau. Et déjà les ordinateurs quantiques pointent le nez.
En 2001, on savait faire de la synthèse vocale, un peu hachée, pas d’une qualité exceptionnelle ; en 2010, cela devient proche de la réalité.
En 2001 la reconnaissance vocale et la reconnaissance d’image était acceptable. En 2010, les appareils photographiques numériques vous propose de prendre la photo si le sujet a une bouche souriante… Et le premier logiciel de lecture labiale multilingue devrait bientôt sortir.

Ainsi, ce que Clarke et Kubrick avait imaginé pour l’année 2001 (le roman et le film datant respectivement de 1968 et 1984), a pris 10 ans de retard.

Au passage, saluons la Bibliothèque Universitaire de Sciences pour son rayon « science-fiction », situé juste en arrivant dans la salle de lecture.

Faut-il alors penser que la science-fiction, qui nous donne des imaginaires de la science et des technologies, vues par des artistes, des romanciers ou des scientifiques, aura finalement raison ? Ou est-ce les scientifiques qui s’en inspirent pour orienter leurs recherches ? Corrélation ou causalité ? Causalité dans quel sens ? Fabriquerons-nous des ordinateurs autonomes capables de décisions ? Des technologies miniaturisées invisibles et perfides ? L’Homme sera-t-il dépassé par ses propres outils ? L’est-il déjà dans certains domaines ? On pense évidemment au climat, aux nanotechnologies, aux puces RFID, aux « usines à gaz » que nous fabriquons pour réparer nos erreurs, passées, présentes et encore futures pour un moment, à l’emballement des bourses, aux recherches sur les cellules souches, etc.
La science et la technologie, hélas, sont souvent vue comme génératrices de catastrophes, de peurs, comme en témoignent les nombreux débats actuels de société, dans lesquels les « pro » et « anti » s’affrontent sans s’écouter, s’écoutent sans s’entendre.
On oublie trop que « Science sans conscience n’est que ruine de l’âme » (1532, Rabelais). Dans nos formations universitaires, on oublie trop souvent l’historique des événements, des découvertes, l’enchaînement des idées, le fonctionnement de la Science elle-même, l’ épistémologie. Heureusement certains nous y aident. Le scientifique ne prend plus assez de recul, tête dans son guidon, à qui sera le maillot jaune de l’indice H. On aime le réductionnisme : l’évaluation d’un chercheur se résume à un nombre ; le réchauffement du climat se réduit (dans l’inconscient collectif) à la concentration de CO2 dans l’atmosphère ; l’intelligence des gens se résume à un QI et l’aspect relationnel à un QR ; le monde économique va bien ou mal en fonction de quelque indice boursier… Mais le réel démontre chaque jour sa complexité et l’aberration du modèle réductionniste. Aussi, le scientifique a toujours du mal à reconnaître et assumer sa part de créativité, de démarche non-linéaire, irrationnelle, artistique, sensible, alors que c’est justement cela qui nous distingue d’un logiciel (pour le moment…).

Pour 2010, la mission Culture Scientifique et Technique de l’UPPA fait le vœu de vous retrouver nombreux aux conférences et débats organisés avec ou par ses partenaires, sur ces thèmes qui nous touchent, nous inquiètent parfois, nous donnent à réfléchir et à découvrir d’autres domaines. Essayez l’heureux hasard des rencontres. 2010 est aussi l’ Année de la biodiversité. Ne ratez pas les annonces.

Très bonne année 2010 !

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21 commentaires »

  1. Eh bien, cher auteur de cette critique, quelle critique ! Je suis content qu’au moins que vous ayez lu mon texte.

    En fait, si j’ai écrit ceci ce n’était pas vraiment pour faire le petit malin, ni pour m’étonner que Clarke s’était trompé de 10 ou 50 ans. Mais simplement pour éveiller un peu de curiosité chez le lecteur, un genre de prétexte aussi pour faire un petit point, entre 2001 et 2010, de ce qui a évolué dans le domaine de l’informatique. Donner quelques liens, que le lecteur pourrait suivre s’il voulait en savoir plus, et peut-être même tomber sur des pages inattendues. HAL9000 n’était qu’un bon prétexte à cela. Et puis quelques pistes de réflexions sur les technologies qui peuvent inquiéter les citoyens. Juste pour les inviter à y réfléchir.

    Ce texte, initialement envoyé aux abonnés d’une liste de diffusion, a été relayé ensuite.
    Je l’ai même retravaillé ensuite pour en faire une version qui me convient mieux. Elle se trouve sur le blog suivant : http://www.cafe-sciences.org/?p=2423
    Donc surtout n’hésitez à le lire et à « en pleurer » encore plus.

    Commentaire par Darrigan — 21 janvier 2010 @ 23:57

  2. Je persiste. Et fais un petit pas de coté pour voir et revoir éternellement ce débat que je connais bien : pourquoi devrait-on critiquer ceci ou cela, puisqu’on n’y pensait pas à mal ? Et, de façon générale, pourquoi critiquer les choses qui sont faites ? Après tout, ce n’est déjà pas si mal que des exercices de vulgarisation soient faits, alors pourquoi critiquer ? Arrivé ici, on pourrait se dire que tout n’est que prétexte en vulgarisation, alors pourquoi pas une oeuvre de SF, après tout c’est de la littérature de gare et ça parle de science. Ca ne casse pas trois pattes à un canard, dirait-on …

    Par plaisir vicieux, j’aime à critiquer ce qui se dit et se fait en médiation. Ce blog est un instant critique, parfois violent, parce que je lis et relis depuis plus de 25 ans maintenant les mêmes choses. Les mêmes discours restent à l’oeuvre. Les mêmes choses sont refaites et redites. L’objet de la vulgarisation ne change pas. Je pourrais bailler !! Je m’énerve !

    La comparaison des évolutions technologiques réelles et des projections science-fictionnesques, est précisément un besoin de comparaison, qui à mon sens va bien au delà de l’exercice de style, avec en général deux conclusions :

    C’est dingue comme les auteurs du passé ont pu être près de l’avenir !!
    Nous vivons une époque formidable, et qui l’est d’une façon prévisible.

    Or, dès qu’on commence à regarder de plus près, et à s’intéresser à l’oeuvre elle-même et aux raisons qui ont fait de cette oeuvre ce qu’elle est, pourquoi elle est toujours lue aujourd’hui, pourquoi elle a éveillé nos imaginaires d’homo technologicus, alors là, on dit : ce n’était qu’un prétexte !! Je ne voulais pas aller si loin !!

    Dommage ! En retravaillant la thématique scientifique d’un livre de SF, avec nos yeux contemporains, nous pourrions probablement nous étonner de ce que ces technologies, l’inventée d’hier et la réelle d’aujourd’hui, peuvent avoir d’étonnamment ressemblantes … et dissemblantes. Mais aussi en considérant l’oeuvre en tant que telle, et pas comme un prétexte.

    Commentaire par admin — 22 janvier 2010 @ 1:31

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    Rétrolien par mike — 19 novembre 2014 @ 1:16

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    Rétrolien par Gordon — 23 novembre 2014 @ 6:51

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    Rétrolien par Jonathan — 26 novembre 2014 @ 7:21

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    Rétrolien par Johnny — 28 novembre 2014 @ 11:56

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    Rétrolien par ronald — 1 décembre 2014 @ 12:55

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    Rétrolien par rafael — 4 décembre 2014 @ 23:48

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    Rétrolien par Edwin — 10 décembre 2014 @ 1:38

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    Rétrolien par David — 11 décembre 2014 @ 2:35

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    Rétrolien par Shannon — 14 décembre 2014 @ 9:30

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    Rétrolien par jeff — 20 décembre 2014 @ 14:02

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    Rétrolien par Jessie — 24 décembre 2014 @ 22:46

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    Rétrolien par Austin — 6 février 2015 @ 18:10

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    Rétrolien par Chester — 14 février 2015 @ 16:17

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