Citations

la bataille hadopi

Savoir(s) Janvier 2010

Le 04 janvier 2010 par "Diderot en verres miroirs"

J

‘en ai déjà parlé dans un précédent post : le magazine Savoir(s) est une chouette lecture. Dans la nouvelle mouture de janvier 2010, on trouve de nombreuses choses : par exemple, un très bon dossier « sport et compétition », le sport vu par des scientifiques. Un regard somme toute très critique sur les fameuses vertus du sport, compétition et santé en tête. En sciences sociales du sport, ça cogite sec ! Nous sentons tous que, face à ce spectacle permanent, ces valeurs véhiculées, se cache une autre réalité plus sombre.

Un article dédié sur les OGM détruits à Colmar en septembre dernier, sur les rebondissements politiques, mais aussi sur la possibilité d’un travail commun entre scientifiques et société civile nous permet de voir quelles orientations les laboratoires de recherche peuvent prendre pour être actifs dans la société. L’acte de recherche, au delà de son aspect purement scientifique, doit aussi passer par une acceptation sociale. De nouvelles stratégies voient le jour, et celle ci est à saluer parce qu’elle ne prend pas les gens pour des imbéciles.

Au rayon Science et Démocratie toujours, une analyse (très) critique sur les expériences genre démocratie participative dans le domaine des sciences. L’auteur, Frédéric Naudon (encore lui), rêve apparemment d’une démocratie moins tape à l’oeil et plus efficace. A recommander.

« Les fées de l’accueil » est un article bienvenu : en cette période troublée pour l’Université, voici des femmes qui doivent s’en prendre plein les mirettes, en première ligne de la désinformation et d’un bordel ambiant. Merci à Agnès Villanueva de nous rappeler constamment que l’université, ce sont aussi toutes ces petites mains qui font tourner la baraque, elle qui ne veut absolument pas tourner rond, précisément.

On avait pris l’habitude de cette forme éditoriale qui, l’air de rien, touchait à toutes les formes de ce que peut représenter la culture scientifique, loin de toute publicité facile des labos et des systèmes de valorisation. On peut parler de sciences de façon accessible autrement qu’en parlant à ses lecteurs comme à des demeurés, sans assommer de monceaux de détails techniques et/ou inutiles, sans avoir un point de vue forcément institutionnel, la voix de son maître, mais je crois en avoir déjà parlé). Savoir(s) représente cette liberté. Et l’Université peut s’enorgueillir d’avoir créé un tel média, finalement unique, cohérent, nécessaire.

Par exemple, le dossier concernant le sport va jusqu’à critiquer, en creux, la volonté de son président qui a institué une nouvelle mission « Sport à l’Université », dont les objets sont de « permettre aux étudiants de s’inscrire aux différentes compétitions nationales universitaires sous la bannière de l’Université de Strasbourg [et d']offrir aux personnels la possibilité de prendre part à différentes manifestations sportives aux couleurs de l’université, ainsi que de développer la pratique sportive et l’esprit compétitif en équipe en organisant différents événements marquants tout au long de l’année universitaire. » Une forme de sport universitaire à l’américaine, dont les valeurs de compétition, de santé, etc., défendues la plupart du temps quand on parle d’activité sportive, sont justement à remettre en question …

Est-ce que Savoir(s) va durer ? L’éditorial me fait douter. On y apprend que Eric Heilmann, ancien redac’chef, s’en va vers d’autres aventures, et qu’il est remplacé par Philippe Breton, qui change aussi de titre passant à directeur éditorial. Une petite recherche révèle que le second fut en son temps directeur de thèse du premier. Son sujet principal, les techniques et l’histoire de l’argumentation (notamment politique, qu’il me contredise si je me trompe), et sa nouvelle mission à l’Université de Strasbourg ( »Vie démocratique ») en faisaient l’homme providentiel : je m’attendais qu’il reprenne l’objet en le faisant évoluer vers moins d’institutionnel, plus d’expérimentation et de liberté dans le champ de la parole scientifique. Hélas !!

Mais c’est la novlangue avec laquelle est écrite l’éditorial qui laisse surtout pantois. Il n’y a rien, mis à part qu’il faut faire « évoluer », « affiner » un média dédié à une véritable « cité du savoir » c’est à dire que le savoir est dans l’université et pas ailleurs. Nous verrons dans le prochain numéro l’orientation que prendra Savoir(s), mais il faut s’attendre à pleurer un journal qu’on aimait bien.

http://www.unistra.fr/uploads/media/savoirs1001.pdf et http://www.unistra.fr/index.php?id=1180

2 commentaires »

  1. Vous allez bien vite en besogne cher « Diderot en verres Miroir »… ce n’est pas parce que ce magazine change de chef qu’il va devenir institutionnel sans le style « voix de son maître ». Philippe Breton est professeur au CUEJ, l’école de journalisme de l’Université de Strasbourg (http://fr.wikipedia.org/wiki/Philippe_Breton), nul doute qu’il saura au contraire dynamiser cette publication et lui donner ses lettres de noblesse journalistiques. Bon évidement l’édito est un peu institutionnel mais bon… c’est le premier !

    Commentaire par basile L. — 5 janvier 2010 @ 15:01

  2. Oui, cher Basile, je vais vite en besogne. Le titre de prof ne devrait jamais occulter la valeur du gars. Non seulement il est professeur, mais aussi chercheur en sciences de la communication, et a écrit de nombreux livres portant sur l’argumentation. Pour un gars qui a beaucoup écrit, cet édito est … hmmmm., succinct. Lui sera t’il beaucoup pardonné ? Au prochain numéro, peut être.

    Commentaire par admin — 5 janvier 2010 @ 17:03

Flux RSS des commentaires de cet article. Adresse web de rétrolien

Laisser un commentaire

*