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la bataille hadopi

Université de Strasbourg : un désert de communication

Le 08 décembre 2007 par "Diderot en verres miroirs"

A

vant il y en avait trois : les universités Louis Pasteur (sciences de la nature), Marc Bloch (sciences humaines) et Robert Schuman (droit et économie). En 2012, il n’y en aura plus qu’une : l’Université de Strasbourg. Un chantier énorme au bout duquel plus de 10 000 salariés et on ne sait combien d’étudiants seront gérés par un seul et même organisme . Un site internet (demain.unistra.fr) rend compte de cet énorme chantier, et au vu de ce site, cet énauuurme chantier tient plutôt dans la main d’un petit enfant de quatre ans.

Heureusement, la presse nationale s’y intéresse : le 16 novembre 2007, une émission de radio de France Culture, « Travaux Publics », a enfin permis aux protagonistes de s’exprimer. Mais, au vu des prises de parole sur le forum de l’émission, ça n’a pas fait que des heureux. Et puis, l’émission parle essentiellement (du moins dans sa première partie) de l’histoire des universités de Strasbourg. Alors, on se fait des ronds de jambe, il ne faut froisser personne : pharmacologie et chimie font soudain bon ménage avec histoire et théologie. Mais, dans la réalité, ce sont les sciences que les humanités aiment à trouver « dures » qui ont la part belle.

Première partie : Rêvons un peu !!! L’histoire extraordinaire, les prix Nobel Alsaciens, la situation spéciale des Universités de Strasbourg en France (et le marronnier des 3 euros supplémentaires pour délocalisation), j’en passe et des meilleures. Bref, rien d’intéressant pendant 14 minutes environ.

Ca devient intéressant à partir de la deuxième partie. On retrouve, en creux les critiques de Mr Dunézat sur la vie des universités. Bien sur, il s’agit ici au contraire d’expliquer les préemptions. A en croire les intervenants, Strasbourg est un tremplin permettant à sa carrière d’accélérer. C’est certainement vrai. On ne parle pas d’enseignement ou d’enseignants, on ne parle pas de science ou de production de connaissance quand on parle des maîtres de conférence ou des professeurs, on parle de carrière en France comme en Allemagne, le C4 et le Ruf. Edifiant. On ne parle pas des spécificités de l’enseignement (y en a t’il une ?), spécificités de la médiation scientifique (là, je suis sûr qu’il y en a). On compare les salaires entre pays (Allemagne et Suisse), certainement pas de la qualité des enseignements, en prenant pour acquis que les enseignants sont meilleurs d’autant qu’ils sont plus prestigieux. Merci France Culture.

Enfin, après 17 min 30, on arrive au début du débat : comment créer une université unique à Strasbourg ? La tarte à la crème EUCOR (Confédération Européenne des Universités du Rhin Supérieur) est bien sur mentionnée. Bien sur que c’est une chouette réalisation, et il suffit de voir le site de l’EUCOR pour s’en rendre compte. Mais, et le site le prouve, il s’agit avant tout d’un projet francophone qui vise à gonfler un peu artificiellement la possibilité d’une université transfrontalière, réellement européenne en Alsace. Derrière les mots se cachent des choses un peu vides : même si des projets existent et se développent, il n’y a pas tant que ça çà dire, ou bien alors, avec un oeil un peu plus critique. France Culture n’est pas un organisme publicitaire du service public !!!

Une des grandes questions de l’animateur à ce moment est : comment se fait-il que l’histoire récente avait essayé de spécialiser les universités et de les séparer, et pourquoi les universités de Strasbourg veulent aujourd’hui se réunir ? Enfin des questions passionnantes et des commentaires qui font grincer des dents. On parle d’internationale situationniste, de Marc Bloch parent pauvre, de classement de Shangai, et les réponses sont variées, parfois étonnantes.

Maintenant, comment faire ? La vie des salariés n’est sûrement pas imaginée. On reste dans l’abstrait pour les réponses, de regroupement, on tente de rassurer les étudiants, et … c’est tout. Pas de coté pratique, pas de savoir comment on fait. Rien du tout. Ca n’intéresse personne. Et sûrement pas les potentiels 10 000 salariés. Et encore moins les 42 000 étudiants annoncés. On imagine juste comment on pourrait faire pour que ça se fasse dans une abstraction frisant le ridicule. Eventuellement, Valérie Pécresse rassure en disant qu’on va mettre de l’argent (pour le passage à l’autonomie, qui va se faire en même temps que la fusion).

Coupure de diffusion qui a permis de réfléchir sur une musique très France Q. On réfléchit sur le fait que la pratique est bien loin de la théorie, ce que la veuve de Max Alain Chevallier, ancien doyen de la faculté de théologie de Strasbourg, nous montre avec brio : peu de donneurs pour la fac de théologie, beaucoup plus pour la chimie. On parle financement, on parle beaucoup, on parle beaucoup, et on parle …

Ce qui est flagrant et n’a pas été dit (tu m’étonnes), c’est que le comité de pilotage constitué entre autres des présidents des universités, englué dans des problèmes de politiques internes, chacun dans son université, et externes, chacun défendant son point de vue sur ce que devrait être l’université de demain, ne parle pas. Ou, s’il parle, c’est au travers de textes ubuesques mentionnés comme tels par Roland Wiest, ancien vice président à l’université Louis Pasteur de Strasbourg.

Des écrits ou des films ubuesques, surréalistes, comme Le procès, Ubu roi, Brazil, j’en passe et des meilleurs – et il y en a – positionnent régulièrement la raison comme individuelle façe à une administration illogique qui, telle un rouleau compresseur détruirait toute pensée humaine sur son passage. Or, et c’est bien là la contradiction, les structures universitaires contiennent en leur sein tout ce qu’il faut pour créer un contexte ubuesque. Je suis toujours étonné que des organismes qui sont sensés former à la raison et aux sciences, quelles qu’elles soient, produisent de telles abberrations. Je suis désolé de voir que des questions qui n’ont rien à voir (droits d’inscription spécifiques illégaux par exemple) soient traitées. Je suis désolé que les personnes importantes dans cette réunification (étudiants, administratifs, maitres de conf et profs) ne soient qu’à peine ou pas du tout mentionnés. Qu’ils n’existent pas dans cette réunification, qui n’est qu’une réunification de structure et des instances, une unification d’idées, mais pas une unification humaine : tu parles d’un humanisme !!

4 commentaires »

  1. Mis en cause, comme évoquant semble-t-il des textes ubuesques à propos du pilotage de la mise en place de l’université de Strasbourg, je souhaite préciser que j’aimerais savoir où et quand j’ai pu émettre un tel avis, et en quels termes. Dans tous les cas, j’ai été, durant ma vice-présidence, un fervent partisan de l’université unique de Strasbourg, et modestement, l’un, parmi d’autres, des artisans de la mise en route de ce projet.
    Que la communication n’aie pas été le fort des équipes de pilotage, c’est un fait ; mais affirmer que les intéressés (étudiants, enseignants et chercheurs et personnels) n’aient pas été au centre des préoccupations de tous, en particulier des équipes en responsabilité est une contre-vérité éhontée.

    Ceci dit, que vaut le billet d’un auteur qui préserve son anonymat, mais qui sans vergogne prête, sans citer ses sources, des propos à des personnes qu’il cite nommément (moi, en l’occurrence) ? cet auteur qui se targue lui-même d’être « scientifique à ses heures » prouve par sa manière-même qu’il est tout, sauf scientifique.

    Je ne prétends pas être une blanche colombe, malgré tout, la bave du crapaud ….

    Commentaire par Roland WIEST — 13 février 2009 @ 19:35

  2. Ouh là !!! Comme la réactivité universitaire est forte !!! Mon poste date de décembre 2007 !!! Vous « êtes mis en cause » ? C’est effectivement très grave !!
    Dans le genre pas de bol, vous vous êtes exprimé dans ce sens au moins sur le site de la radio (France Culture, rediffusé ailleurs). Donc, écoutez les différentes parties et la mémoire vous reviendra. Oups, d’ailleurs, il s’agissait de prises de paroles en commentaires sur le site de France Culture. Les liens on malheureusement été dépubliées : c’est dommage. Bon, probablement, vous n’étiez pas le signataire de ce commentaire mais quelqu’un d’autre voulant se faire passer pour vous, plutôt que de signer par son propre nom ou encore être anonyme. J’en suis donc désolé pour vous : si vous dites que ce n’étaient pas vos propos, ils ne l’étaient pas.
    Pour en finir sur mon anonymat, il est absolument nécessaire !! Vous vous rendez bien compte que, avec de tels propos, et avec la liberté d’expression qui caractérise les universités au sens le plus général, les coteries, etc… je serais au placard depuis, mettons … Janvier 2008. Mais cela est moins important que l’honneur d’un homme sans doute.

    Commentaire par admin — 14 février 2009 @ 14:47

  3. Une (dernière) réponse, mais je n’irai pas plus avant dans la polémique :
    il ne s’agit pas d’une réaction « universitaire », mais personnelle, car je suis à la retraite depuis près de 2 ans ; par contre on ne m’a alerté (suite à une recherche dans Gogol sur mon nom) que tardivement, ce qui prouve en passant que l’auditoire est sans doute assez fermé … Dans un cercle de connaissances, on peut facilement affirmer ce que l’on veut, sans crainte des contradicteurs.

    Sur le fond :
    Sur le site de France-Culture, j’ai écrit :
    « Messieurs Beretz et Deneken, je vous félicite d’avoir su garder votre calme face à un journaliste – un folliculaire, devrais-je dire – qui a durant toute l’émission fait preuve à votre égard, non d’une impertinence qui eût été acceptable, mais d’une ironie, d’un mépris et d’une condescendance qui n’ont d’égale que sa méconnaissance partielle.

    Quant à vous, Anne, bravo de scier la branche sur laquelle vous êtes perchée : coordinatrice de l’Université de Strasbourg, vous vous prêtez à ce jeu pervers de lire des extraits (incompréhensibles du reste, sortis de leur contexte) d’une fable qui est une critique sévère de votre propre institution !  »

    Comme vous le lisez, nous sommes loin des propos que vous me prêtez. Par ailleurs, le propre de l’université, des universitaires (et plus généralement, des scientifiques) qui se respectent est d’assumer ses propos, de citer ses sources sans faire d’allégations gratuites. L’anonymat n’est en aucun cas nécessaire pour garantir la liberté d’expression – sauf, évidemment, quand on n’a aucune preuve de ce que l’on affirme -, au contraire, l’anonymat est ce qu’il y a de plus méprisable.

    D’autant plus méprisable que c’est contraire à toute l’éthique de la communication scientifique et technique …
    N’est-ce pas une attitude que vos enseignants vous ont insufflé, lorsque vous suiviez le DESS MST ?

    Encore bien plus méprisable, d’accepter d’être intervenant dans une formation de Master MST, lorsqu’on proclame un tel mépris pour l’nstitution qui vous emploie.

    Rappelez-moi (ou plutôt non, ne me rappelez pas!) le sens de l’expression : « Cracher dans la soupe »

    Commentaire par Roland WIEST — 16 février 2009 @ 13:20

  4. Bon, la polémique, c’est vous qui la faites.

    Manifestement, vous savez qui je suis, merci de ne pas donner plus mon nom que celui de Anne que vous aimez apparemment beaucoup elle aussi.

    Je ne voulais pas non plus rentrer dans les détails, mais si vous liez attentivement, je n’ai pas dit que :

    1. la réunification ce n’est pas bien, mais que le brouillard intense dans la communication de l’université n’était pas pour mieux faire comprendre ce qu’on était en train de faire. De grands pans du chantier ne sont pas opérationnels car personne ne sait comment travailler, avec qui, pourquoi, dans quel cadre politique, etc. A l’époque, nous avions tenté de faire comprendre cela aux instances universitaires, sans aucun résultat.

    2. Une des rares personnes qui a compris très tôt cet intérêt est cette fameuse Anne. Si vous critiquiez ses propos, au moins je vous rejoignais dans un sens, car ces textes pouvaient parfois être inopérants ou au contraire, parfaitement utiles mais, dans ce brouillard de communication, rappelez vous, personne n’en avait l’utilité, personne ne comprenait ce qu’ils faisaient là. Juste un débat sans réelle matérialité. L’émission de France Culture est un bon témoignage : en la réécoutant, on se rend bien compte à quel point les idées étaient vagues, et qu’on ne communiquait sur du pratiquement rien. C’était là le sens de mon post, sans à priori pour ou contre l’unification.

    Quant à l’unification, j’en pense toujours la même chose : si Strasbourg veut la faire, y a qu’à la faire. Comme un autre post le montre bien, les vacataires n’ont normalement pas droit à la parole. En aucune façon. Comme vous aimez à me le rappeler, qu’ils soient déjà bien heureux d’être embauchés (et payés). Et surtout, qu’ils ne crachent pas dans la soupe qui les fait vivre (mais au fait, ils travaillent déjà ailleurs, sinon ils ne peuvent en aucune façon être vacataires, donc, est-ce que ça les fait vivre …).

    Enfin, pour faire un petit jeu de piste, je ne suis pas intervenant dans une formation MST. Je le fus, il y a longtemps, et j’agis actuellement sur des projets de culture scientifique et technique, mais à titre bénévole.

    Donc, et pour finir :
    1. Merci d’avoir cité précisément ce que vous aviez dit sur le site de France Culture.
    2. Merci de ne pas m’avoir dévoilé.
    3. Merci de n’avoir pas non plus dévoilé qui est cette fameuse « Anne ».
    4. Désolé de ne pas vous avoir fait comprendre mon point de vue plus tôt.

    Commentaire par admin — 16 février 2009 @ 14:58

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