Citations

la bataille hadopi

La voix de son maître

Le 16 octobre 2009 par "Diderot en verres miroirs"

C

hargé de communication, quel beau métier ? Travail dur d’exécutant d’institution, Université, CNRS, INSERM, etc. Comme il n’y a pas encore franchement de culture de la communication dans ces structures, la communication est essentiellement institutionnelle : rédaction de dossiers de presse, rédactionnel, création de plaquettes, rédactionnel de sites internet, commandes auprès d’agence de communication pour tout ce qui serait création … Le ou la chargé(e) de comm. a dans son panier divers outils qui lui permettent d’exprimer … quoi ?

Car le vrai problème, c’est que l’institution n’imagine pas un instant (tout du moins pas en science) s’exprimer autrement que par voix institutionnelle. Elle est là, et elle le fait savoir !! Et Machin est promu là, et truc ici, et qui a le prix Nobel, qui a découvert la pilule du bonheur  et a reçu un prix, et quelle composante fait quoi où qui contacter quand. À aucun moment l’institution n’imagine qu’on puisse s’exprimer autrement. Personne ne peut remettre en cause son discours, et c’est à cela que sert la communication.

Lorsque les structures de vulgarisation arrivent, elles apportent avec elles un vent de libéralité bien sympathiques. « Chouette » se disent alors in petto certains chercheurs, nous allons pouvoir enfin parler et raconter directement au grand public ce que nous faisons (car le grand public n’a pas de culture scientifique alors il faut éduquer les masses, comprenez vous ?). Ils sont alors rattrapés bien vite par l’institution qui dit qui s’exprime et quand. S’ils obéissent, ils bénéficieront de l’aide de chargés de comm. Sinon, leur carrière pourra être mise à mal. C’est pour cela qu’en tant que chercheur il faut mieux ne rien faire. Dit plus simplement, dans une institution, la vulgarisation est instrumentalisée en tant qu’outil de communication institutionnelle.

Et les chargés de communication, voix de leur maître, petites mains d’une armée silencieuse, sont chargés de mettre en forme ces messages institutionnels. On ne leur demande pas de réfléchir sur le bien fondé de cette communication. On ne leur demande pas de connecter l’information à la communication. La plupart du temps, on livre le message qui doit être fourni, à eux de mettre en forme, et puis voilà.

C’est vrai partout je suppose. C’est vrai également dans le champ de la culture (j’ai eu l’occasion de travailler avec une chargée de communication en Art Contemporain, c’était pareil). Le corollaire, c’est que les fournisseurs de messages ne se rendent pas du tout compte du volume de travail qu’il faut dégager pour mettre en valeur tel ou tel message. Ce qui fait qu’il y a des chargés de comm pas du tout submergés, et d’autres noyés sous le travail, mettant en place les différents formats.

4 commentaires »

  1. Des exemples, des exemples !
    Des noms des noms !
    A mort les chargées de com (vu que des chargés n’existent quasiment pas…°

    Commentaire par basile L. — 16 octobre 2009 @ 11:35

  2. Tu te méprends, Basile. Je ne vise pas ici les chargé(e)s de comm, mais bien les institutions qui les emploient. C’est déjà bien assez compliqué comme ça de gagner sa croûte dans les métiers de la médiation scientifique. J’ai personnellement choisi mon métier, mais je comprends fort bien que d’autres ne se dirigent point vers cette vie risquée. Tout au plus pourrais-je critiquer qu’il n’y a pas de travail de journalisme, de présentation de l’information, aucun angle n’est choisi. Ce n’est pas non plus forcément leur travail d’imposer un angle de vision à l’information qu’ils présentent. Le seul angle possible, c’est la valorisation de la structure, de la personne, de la découverte, etc.

    Les institutions qui ne voient dans la communication que la possibilité de s’exprimer, sans penser un seul instant que cet expression peut être ouverte et critique, même pour parler du prochain médaillé de l’Académie des Sciences, de la présentation d’un service, etc. Et cette présentation forcément positive finit par être gênante. Elles enferment des gens souvent très compétents dans un rôle subalterne. Pour beaucoup d’entre ces chargés de communication, je peux les citer très positivement sans rougir, mais à ce moment là, ce serait eux qui rougiraient de mes largesses. Ces structures ne savent pas quelles compétences elles emploient.

    Commentaire par admin — 16 octobre 2009 @ 14:24

  3. Mais, mais, mais… Pour faire le travail journalistique à partir des informations fournies sans « expression ouverte et critique », il y a justement… des journalistes. On peut déplorer qu’ils ne soient pas assez nombreux, qu’ils n’aient pas assez de temps, qu’ils bâclent parfois leur travail : il n’empêche que c’est à eux de trouver les angles de traitement et de les développer, de recouper les informations, et de trouver une distance critique. Le fantasme classique du chargé de com, qui est de voir son communiqué de presse repris tel quel par un média (parce qu’il est bien écrit, avec un bon angle, etc.) est un cauchemar pour les rédactions.

    Commentaire par Luc Allemand, La Recherche — 18 octobre 2009 @ 21:50

  4. Entièrement d’accord, Luc. A nouveau, je ne vise pas les chargés de comm. mais plutôt les structures institutionnelles. Le problème plus global de la communication des structures de recherche et d’enseignement est dans la plupart des cas l’impossibilité de penser la communication en d’autres termes qu’institutionnels. La voix de la science est forcément la leur. C’est bien dommage : si on voit parfois des prises de paroles plus ouvertes, la plupart des universités versent aujourd’hui dans une expression contrôlée. Et les chargé(e)s de comm en sont le relais. Ces petites roues bien huilées n’ont pas voix au chapitre, même en matière de politique de communication. Et, de politique de communication, il n’en existe pas dans ces structures. C’est institutionnel ou rien.

    Il existe bien d ‘autres formes de communication qu’informatives …

    Et, c’est bien cool, ce billet fait réagir !

    Commentaire par admin — 18 octobre 2009 @ 22:34

Flux RSS des commentaires de cet article. Adresse web de rétrolien

Laisser un commentaire

*