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H1N1, après la tempête
Le 02 février 2010 par "Diderot en verres miroirs"
‘ai volontairement arrêté d’écrire sur ce sujet, car les médias d’hiver en parlaient … trop. Il n’est jamais facile de pouvoir être réellement critique lorsque les enjeux s’expriment, que les gens font leur choix, que les campagnes de communication battent leur plein, puis se taisent, puis recommencent. J’ai même entendu une remarque d’un quelconque ministériel (je résume) : « Comme nous répondions en temps direct à cette épidémie, et que nous nous adaptions aux discours des experts, notre communication a pu paraître erratique. »
Dingue. La disruption entre l’information et le discours est telle qu’il est impossible de communiquer, ça va trop vite. Je résume grossièrement. N’empêche, cela pose un vrai problème quant aux relations que les politiques, les communiquants et les experts entretiennent.Voyons un peu … (Lire la suite…)
Le saviez-vous ?
Le 14 janvier 2010 par "Diderot en verres miroirs"
e vois trop souvent la thématique « art et science » pointer le bout de son nez, avec des questionnements à n’en plus finir … Baillements !
D’un point de vue un peu plus pragmatique, comment associer statistiques, texte et dessin dans un media unique ? Comment réconcilier statisticiens et fans de Borges (sachant que 43,6% le sont déjà) ?
Saviez-vous que 90% des vulgarisateurs ne proposaient les connaissances produites par d’autres pour leur propre ego ?
2001 … a space Illiade ?
Le 08 janvier 2010 par "Diderot en verres miroirs"
ur la liste Vulgarisation de l’ENS, il y a des textes assez longs pondus par de petits malins, certains pour faire leur pub. Après tout, le but de Richard-Emmanuel Eastes, fondateur du truc, c’est de construire un réseau parlant et faisant de la vulgarisation, c’est une bonne chose après tout, et parfois instructif.
Par contre, la lecture des mails de cette liste permet de se rendre compte de la culture générale qui prévaut dans les pratiques de vulgarisation. Dont quelques pensées de Clovis Darrigan de anima-science à Pau. Son idée, et ce n’est malheureusement pas la dernière fois qu’on voit ça, c’est de comparer le travail de Arthur C. Clarke (2001 l’odyssée de l’espace et sa suite avec la réalité d’aujourd’hui, et de s’étonner de voir un écrivain, même pas un scientifique, bref, l’Art dans toute sa substance, faire office de prospective et de futurologie, et même pas se planter dans les dates, ou si peu. C’est dingue, non ?
Ce qui intéressait l’auteur (et Kubrick pour l’adaptation au cinéma), ce n’était ni cette pensée futurologue, ni le fameux HAL qui nous fait tant peur aujourd’hui (est-ce qu’il ressemble aux ordinateurs contemporains ou non ?), mais bien la condition de l’homme qui a construit un nouveau monde technologique et en bénéficie. Un film des trente glorieuses qui ne questionnait pas les bienfaits d’un progrès technologique, mais plutôt la place de cet homme dans ce progrès.
Peu de doute quant au positif du progrès dans ces oeuvres : probablement faudrait-il que l’homme y trouve une place ethique, et la parabole de la fin. Sommes nous aujourd’hui dans ces questionnements ? L’homme doit désormais vaincre le monstre qu’il a créé (HAL 9000) afin de renaître et revivre. Mais on ne questionne à aucun moment le fait qu’HAL 9000 soit un monstre : s’il l’est, ce n’est pas par son coté humain
Le doute est aujourd’hui centré sur le progrès lui-même. Progrès technologique s’entend. Nous avons trop souvent confondu progrès scientifique et progrès technologique pour ne pas continuer aujourd’hui. Revu aujourd’hui, le film présente HAL 9000 comme un monstre, provenant de l’esprit humain. On en viendrait presque à regretter que HAL ne tue pas Bowman, pour qu’il comprenne enfin la monstruosité de « sa » création (vieux mythe de l’homme contre la machine qu’il a créé).
Le genre de comparaison que propose Darrigan est à pleurer donc. On s’intéresse à la technologie d’aujourd’hui, et on compare en se faisant un peu peur : la science-fiction prévoit l’avenir. Mais la science-fiction, que ce soit dit une bonne fois pour toutes, parle des hommes et en parle aujourd’hui, quel que soit cet aujourd’hui intemporel ; toute fiction est du même ordre, que ce soit « La guerre des boutons », les Rougon-Macquart, L’Illiade … C’est le sens même du roman. La prospective scientifique dans les bouquins de SF est vraiment trop facile, foi de Diderot en Verres Miroirs !
La suite : Texte de Clovis Darrigan
Albert Tarantola
Le 06 janvier 2010 par "Diderot en verres miroirs"
Je ne connaissais absolument pas ce personnage, pas même découvert sur un plateau de télé. Alors, je lis une nécro de lui dans Le Monde : il est mort à 60 ans. Honoré de ses collègues (médaille d’Argent du CNRS), je découvre aussi un personnage scientifique hors du commun. Ma petite visite sur sa page perso (http://www.ipgp.fr/~tarantola/) me révèle qu’il s’est amusé entre autres, à reconstruire un système de classification des atomes basé non su le nombre de particules, mais sur les niveaux d’énergie, ce qui est effectivement plus malin, surtout au vu de la physique contemporaine, et à proposer un nouveau système de coordonnées GPS.
Sa page perso de l’institut de physique du globe me révèle un esprit curieux de beaucoup de choses, ce qui n’est pas si constant dans la population scientifique contemporaine. Je ne m’attarderai pas sur ses découvertes : j’ai peut-être compris ce à quoi correspond la théorie du problème inverse, mais je ne me risquerais pas à en donner une signification ne fut-ce que partiellement vraie. La variété des sujets auxquels il s’est risqué fait penser à une personnalité s’intéressant à tout : sa mort révèle une personne très appréciée de ses collègues et de la communauté scientifique. Bonne nouvelle que d’apprendre que ces qualités sont encore reconnues dans la communauté scientifique, on s’est pendant un moment demandé si c’était vraiment le cas.
Pour terminer, et à l’instar de Stéphane Foucart, journaliste qui a écrit sa necro dans Le Monde, je terminerai en rappelant deux conseils simples que je suis depuis le jour de ma thèse, et qui m’ont toujours rapporté : « Cesser d’avoir cette foi naïve dans le « progrès » que nous prodiguent la science et la technologie. Devenir humble. »
http://www.lemonde.fr/carnet/article/2009/12/21/albert-tarantola-geophysicien-francais_1283645_3382.html
Savoir(s) Janvier 2010
Le 04 janvier 2010 par "Diderot en verres miroirs"
‘en ai déjà parlé dans un précédent post : le magazine Savoir(s) est une chouette lecture. Dans la nouvelle mouture de janvier 2010, on trouve de nombreuses choses : par exemple, un très bon dossier « sport et compétition », le sport vu par des scientifiques. Un regard somme toute très critique sur les fameuses vertus du sport, compétition et santé en tête. En sciences sociales du sport, ça cogite sec ! Nous sentons tous que, face à ce spectacle permanent, ces valeurs véhiculées, se cache une autre réalité plus sombre.
Un article dédié sur les OGM détruits à Colmar en septembre dernier, sur les rebondissements politiques, mais aussi sur la possibilité d’un travail commun entre scientifiques et société civile nous permet de voir quelles orientations les laboratoires de recherche peuvent prendre pour être actifs dans la société. L’acte de recherche, au delà de son aspect purement scientifique, doit aussi passer par une acceptation sociale. De nouvelles stratégies voient le jour, et celle ci est à saluer parce qu’elle ne prend pas les gens pour des imbéciles.
Au rayon Science et Démocratie toujours, une analyse (très) critique sur les expériences genre démocratie participative dans le domaine des sciences. L’auteur, Frédéric Naudon (encore lui), rêve apparemment d’une démocratie moins tape à l’oeil et plus efficace. A recommander.
« Les fées de l’accueil » est un article bienvenu : en cette période troublée pour l’Université, voici des femmes qui doivent s’en prendre plein les mirettes, en première ligne de la désinformation et d’un bordel ambiant. Merci à Agnès Villanueva de nous rappeler constamment que l’université, ce sont aussi toutes ces petites mains qui font tourner la baraque, elle qui ne veut absolument pas tourner rond, précisément.
On avait pris l’habitude de cette forme éditoriale qui, l’air de rien, touchait à toutes les formes de ce que peut représenter la culture scientifique, loin de toute publicité facile des labos et des systèmes de valorisation. On peut parler de sciences de façon accessible autrement qu’en parlant à ses lecteurs comme à des demeurés, sans assommer de monceaux de détails techniques et/ou inutiles, sans avoir un point de vue forcément institutionnel, la voix de son maître, mais je crois en avoir déjà parlé). Savoir(s) représente cette liberté. Et l’Université peut s’enorgueillir d’avoir créé un tel média, finalement unique, cohérent, nécessaire.
Par exemple, le dossier concernant le sport va jusqu’à critiquer, en creux, la volonté de son président qui a institué une nouvelle mission « Sport à l’Université », dont les objets sont de « permettre aux étudiants de s’inscrire aux différentes compétitions nationales universitaires sous la bannière de l’Université de Strasbourg [et d']offrir aux personnels la possibilité de prendre part à différentes manifestations sportives aux couleurs de l’université, ainsi que de développer la pratique sportive et l’esprit compétitif en équipe en organisant différents événements marquants tout au long de l’année universitaire. » Une forme de sport universitaire à l’américaine, dont les valeurs de compétition, de santé, etc., défendues la plupart du temps quand on parle d’activité sportive, sont justement à remettre en question …
Est-ce que Savoir(s) va durer ? L’éditorial me fait douter. On y apprend que Eric Heilmann, ancien redac’chef, s’en va vers d’autres aventures, et qu’il est remplacé par Philippe Breton, qui change aussi de titre passant à directeur éditorial. Une petite recherche révèle que le second fut en son temps directeur de thèse du premier. Son sujet principal, les techniques et l’histoire de l’argumentation (notamment politique, qu’il me contredise si je me trompe), et sa nouvelle mission à l’Université de Strasbourg ( »Vie démocratique ») en faisaient l’homme providentiel : je m’attendais qu’il reprenne l’objet en le faisant évoluer vers moins d’institutionnel, plus d’expérimentation et de liberté dans le champ de la parole scientifique. Hélas !!
Mais c’est la novlangue avec laquelle est écrite l’éditorial qui laisse surtout pantois. Il n’y a rien, mis à part qu’il faut faire « évoluer », « affiner » un média dédié à une véritable « cité du savoir » c’est à dire que le savoir est dans l’université et pas ailleurs. Nous verrons dans le prochain numéro l’orientation que prendra Savoir(s), mais il faut s’attendre à pleurer un journal qu’on aimait bien.
http://www.unistra.fr/uploads/media/savoirs1001.pdf et http://www.unistra.fr/index.php?id=1180
